L'Américain tué par une tribu isolée voulait leur «apporter Jésus»

CRIME La mort du ressortissant américain met les autorités indiennes face à un casse-tête unique : est-il possible de récupérer le corps sans provoquer un choc de civilisations ?...

20 Minutes avec agences
Le peuple de chasseurs-cueilleurs des Sentinelles, qui compterait 150 âmes, vit en autarcie depuis des siècles sur la petite île de North Sentinel, située dans la mer d'Andaman
Le peuple de chasseurs-cueilleurs des Sentinelles, qui compterait 150 âmes, vit en autarcie depuis des siècles sur la petite île de North Sentinel, située dans la mer d'Andaman — HANDOUT / SURVIVAL INTERNATIONAL / INDIAN COAST GUARD / AFP

Le jeune Américain mort sous les flèches de la tribu d'une île indienne interdite d’accès souhaitait introduire le christianisme dans cette communauté coupée du monde moderne, selon ses derniers écrits révélés ce jeudi par des médias.

Le 16 novembre, John Chau a péri en tentant d’entrer en contact avec le peuple de chasseurs-cueilleurs des Sentinelles, qui compterait 150 âmes. Ces derniers vivent en autarcie depuis des siècles sur la petite île de North Sentinel, située dans la mer d’Andaman, où l’État indien interdit quiconque de poser pied.

Journal intime

Le journal intime que la victime a tenu dans les jours et heures précédant sa mort, cité ou reproduit par plusieurs journaux étrangers ce jeudi, brosse le portrait d’un voyageur qui se voyait comme un missionnaire chrétien dans cette dangereuse entreprise.

« Vous pensez peut-être que je suis fou de faire tout ça mais je pense que ça vaut la peine d’apporter Jésus à ces gens », a écrit John Chau à sa famille, dans une ultime lettre rédigée le matin de sa mort.

Les pêcheurs ancrés au large, qui l’avaient illégalement transporté jusqu’à North Sentinel, l’ont vu recevoir une volée de flèches mais poursuivre sa marche. Les locaux ont ensuite passé une corde autour de son cou et traîné son corps.

« JE NE VEUX PAS MOURIR ! »

Le journal de cet amateur de grand air et d’aventure, qui alimentait son compte Instagram d’images de ses périples dans la nature, révèle qu’il avait préparé ce projet de longue date et dans le secret, « au nom de Dieu ».

La veille de sa mort, il a approché à deux reprises les Sentinelles. Il parvient à donner à l’un d’entre eux, dont le visage est recouvert d'« une poudre jaunâtre », des cadeaux. Mais un enfant lui décoche une flèche qui se coince dans sa Bible. Il prend alors la fuite à la nage jusqu’au bateau de pêcheurs.

« JE NE VEUX PAS MOURIR ! », note-t-il en lettres capitales, visiblement sous le choc. « Je pourrais rentrer aux États-Unis car rester ici semble signifier une mort certaine. »

« J’y retourne (sur l’île). Je vais prier pour que tout se passe bien », indique ses dernières lignes, datées de 06h20 du matin, le 16 novembre.

Casse-tête unique

La mort du ressortissant américain met les autorités indiennes face à un casse-tête unique : est-il possible de récupérer le corps sans provoquer un choc de civilisations ?

Si des étrangers se rendent sur l’île pour en exfiltrer la dépouille, ils rompraient en effet l’isolement volontaire des Sentinelles, avec toutes les conséquences anthropologiques et sanitaires qui pourraient s’ensuivre.

Vivant coupée du reste de l’humanité, cette peuplade n’aurait notamment pas un système immunitaire adapté aux agents infectieux apportés par des intrus.

Les responsables locaux ont dépêché un hélicoptère et un bateau pour essayer de déterminer de loin l’endroit où se trouve le cadavre de l’Américain.

« Nous avons maintenu une distance avec l’île et n’avons pas encore été en mesure de repérer le corps. Cela peut prendre plusieurs jours et missions de reconnaissances », a déclaré à l’AFP Dependra Pathak, le chef de la police régionale.

La police a ouvert une enquête pour meurtre et arrêté des pêcheurs ayant aidé l’Américain à se rendre sur North Sentinel. La loi indienne interdit de s’en approcher à moins de cinq kilomètres.