VIDEO. Fresque découverte à Pompéi: «Nous avons un regard extrêmement biaisé sur la sexualité antique»

ARCHEOLOGIE L’historienne Virginie Girod revient sur la dernière fresque exhumée par les archéologues à Pompéi. Elle rappelle que les Romains avaient une conception de la sexualité très différente de la nôtre... 

Propos recueillis par Nils Wilcke

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La fresque de Léda découverte à Pompéi est une représentation classique dans la culture gréco-romaine.
La fresque de Léda découverte à Pompéi est une représentation classique dans la culture gréco-romaine. — AGF/SIPA
  • Les découvertes archéologiques dans la cité de Pompéi connaissent un nouvel essor.
  • Une nouvelle fresque sensuelle de Léda vient d’être exhumée dans une zone encore inexplorée.
  • Cette fresque nous en apprend davantage sur le rapport des Romains à la sexualité, explique l’historienne Virginie Girod à « 20 Minutes ».

Pompéi est loin d’avoir livré tous ses secrets. Les découvertes s’enchaînent dans la cité antique, ensevelie sous la lave après l’éruption du Vésuve, il y a plus de deux mille ans. Dernière en date, une fresque de Léda, dégagée de la roche volcanique. La reine de Sparte est représentée avec Zeus, le roi des dieux, transformée en cygne pour la séduire.

Les deux amants sont sur le point d’avoir une relation sexuelle. Attention, il ne s’agit pas pour autant d’une représentation érotique, prévient Virginie Girod, spécialiste de l’Histoire des femmes et de la sexualité dans l’Antiquité et auteure de plusieurs ouvrages sur le sujet*.

La dernière fresque de Léda découverte dans une chambre à Pompéi est-elle érotique, comme l’ont annoncé différents médias ?

Il ne faut pas regarder cette fresque avec nos yeux contemporains. Certes, cette Léda est sensuelle, elle a une jambe dénudée et elle s’apprête à avoir une relation sexuelle avec Zeus. Le roi des dieux s’est transformé en cygne pour mieux la séduire. Mais la représentation de ses amours divines appartient à la culture générale gréco-romaine. Ce n’est pas un sujet trivial. Choisir de reproduire ce mythe, c’est jouer sur un double sens, d’autant qu’elle n’est pas entièrement nue. L’idée des Romains qui ont commandé cette fresque était probablement de mettre une touche de sensualité dans leur chambre.

Les autres fresques et objets découverts qui montrent des phallus ou des couples en pleine action ne sont-ils pas érotiques ?

Nous avons un regard extrêmement biaisé sur la sexualité antique. Les phallus représentés dans les fresques par exemple ne sont pas forcément des représentations érotiques. Il s’agit le plus souvent de symboles de protection pour repousser les mauvais esprits. Les Romains étaient très superstitieux. En revanche, quand des couples humains sont représentés en train de copuler, là, on peut parler de scènes à caractère érotique. C’est le cas des fresques représentées dans le lupanar de Pompéi.

Comment expliquer ces découvertes en série à Pompéi ?

La campagne de fouilles qui a commencé dans la Regio V à Pompéi au printemps dernier est en effet exceptionnelle. Cette zone n’avait jamais été explorée en raison de problèmes de financements mais aussi de conservation. En effet, dès que ces fresques sont exhumées, il faut en assumer la protection au plus vite. On peut s’attendre à découvrir encore des œuvres inédites et spectaculaires dans les prochains mois.

*Son dernier ouvrage, Théodora, prostituée et impératrice de Byzance est paru aux éditions Tallandier cette année.