Arrestation de Carlos Ghosn: Un cadre de Nissan a coopéré avec la police en échange d’une réduction de peine

JAPON Ce sont les informations d'un lanceur d'alerte qui ont permis aux policiers japonais d'arrêter le dirigeant...

Mathias Cena

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Le visage de Carlos Ghosn apparaît à la télévision japonaise, à Tokyo le 09 novembre 2018.
Le visage de Carlos Ghosn apparaît à la télévision japonaise, à Tokyo le 09 novembre 2018. — Tetsu Joko/AP/SIPA

La « déchéance » d’un homme « charismatique » ou Carlos Ghosn « retombé sur terre ». Les journaux japonais évoquent mardi un « séisme » après l’arrestation la veille du PDG de l’alliance automobile Renault-Nissan-Mitsubishi, accusé d’avoir dissimulé au fisc nippon une part importante de ses revenus des dernières années.

L’arrestation a eu lieu à la suite d’une enquête interne menée après le signalement d’un lanceur d’alerte, un cadre de l’entreprise qui selon les médias a coopéré avec la police en échange d’une réduction de peine. C’est la deuxième fois seulement que ce système est utilisé au Japon depuis son introduction en juin dernier, pour lutter plus efficacement contre « la criminalité en col blanc ».

Nissan aurait financé des résidences privées aux quatre coins du monde

Le parquet a confirmé que le célèbre entrepreneur franco-libano-brésilien était détenu pour avoir « minimisé sa rétribution à cinq reprises entre juin 2011 et juin 2015 ». Il n’aurait ainsi déclaré que 4,9 milliards de yens (37 millions d’euros) au fisc, malgré des revenus qui se seraient élevés à 10 milliards de yens.

Selon des détails de l’enquête qui ont fuité dans les médias, Nissan aurait également payé « des sommes considérables » pour acquérir des résidences au nom du patron de l’entreprise à Rio de Janeiro, Beyrouth, Paris et Amsterdam. Carlos Ghosn aurait également empoché des sommes déclarées au nom d’autres administrateurs.

Un « coup d’Etat » ?

« Cela arrive au pire moment », déclare un employé de 38 ans au quotidien économique Nikkei, alors que Nissan a été touché par deux scandales successifs causés par des lacunes dans l’inspection des véhicules au Japon. Le quotidien Asahi précise que l’entreprise nipponne pourrait s'exposer à une amende de 700 millions de yens (5,4 millions d’euros).

Cette arrestation pourrait aussi être le résultat de tensions au sein de l’entreprise, illustrées lundi lorsque le patron de Nissan, Hiroto Saikawa, a durement critiqué son ex-mentor lors d’une conférence de presse au siège du groupe à Yokohama, près de Tokyo. Au point qu’Hiroto Saikawa a dû répondre à des questions sur un possible « coup d’Etat » chez Nissan.

Ces tensions, liées à des rumeurs sur une éventuelle fusion entre Renault et Nissan, aux contributions significatives du constructeur japonais aux résultats de Renault, mais aussi au montant de la rémunération de Carlos Ghosn, « couvaient sous la surface au cours des récentes années et ont enfin éclaté de façon brutale », pour David Fickling, éditorialiste pour l’agence financière Bloomberg News.