11-Novembre: Après les commémorations, la colère serbe contre Paris ne retombe pas

CENTENAIRE Le président serbe Aleksandar Vucic a été placé dans une tribune secondaire, quand celui du Kosovo, Hashim Thaçi, était dans celle du Français Emmanuel Macron…

20 Minutes avec AFP

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Près de 72 chefs d'Etats et délégations étaient présents lors de la cérémonie de commémoration du centenaire de l'Armistice de la Première Guerre mondiale, le 11 novembre 2018, à l'Arc de Triomphe à Paris.
Près de 72 chefs d'Etats et délégations étaient présents lors de la cérémonie de commémoration du centenaire de l'Armistice de la Première Guerre mondiale, le 11 novembre 2018, à l'Arc de Triomphe à Paris. — Francois Mori / POOL / AFP

La Serbie ne décolère pas. Après les cérémonies du centenaire de l’Armistice de 1918 à Paris, le 11 novembre dernier, les Serbes estiment que leur président et leur pays ont été humiliés. Le président Aleksandar Vucic avait été placé dans une tribune secondaire, quand celui du Kosovo, Hashim Thaçi, était dans celle du Français Emmanuel Macron, avec le Russe Vladimir Poutine, l’Allemande Angela Merkel et l’Américain Donald Trump.

La différence de traitement est jugée d’autant plus humiliante que Belgrade ne reconnaît pas l'indépendance du Kosovo, son ancienne province majoritairement peuplée d’Albanais. Jeudi, presse et responsables continuaient de se faire l’écho de ce que l’ambassade de France a décrit comme une « maladresse », une explication qui ne convainc pas.

« Macron et son protocole ont intentionnellement humilié la Serbie »

Vladimir Djukanovic, haut responsable du parti du Progrès (SNS) au pouvoir, a jugé qu’il n’y avait « aucune chance qu’il se fût agi d’une erreur ». « En conséquence, il y a une intention de l’hôte d’humilier ou d’élever quelqu’un », écrit-il, faisant allusion à Hashim Thaçi. « Macron et son protocole ont intentionnellement humilié la Serbie, c’est quelque chose dont il convient de se souvenir », écrit Vladimir Djukanovic, alors que le président français est annoncé en Serbie. Les Serbes relèvent qu’en proportion de leur population, ils sont la nation qui a payé le plus lourd tribut en nombre de morts. Ils ont notamment combattu aux côtés des Français sur le Front d’Orient.

Sur sa page Facebook, l’ambassade de France avait reconnu une « maladresse » que la France regrettait « vivement ». L’ambassadeur de France à Belgrade, Frédéric Mondolini, s’était également exprimé sur le plateau d’une télévision serbe. « Franchement, avec le cœur, pour moi ce qui s’est passé en termes de placement protocolaire dans la tribune, c’est une maladresse regrettable et je prie le président Vucic et le peuple serbe de nous excuser », avait-il déclaré.

Une pression sur Aleksandar Vucic pour les discussions avec le Kosovo ?

Le président serbe avait remercié sur Twitter l’ambassadeur pour « des mots merveilleux et le respect dont il a fait montre à l’égard des victimes serbes » de la Première Guerre mondiale. Proche de l’ambassade, le monument en hommage à l’amitié franco-serbe a été vandalisé. L’opposition s’est jointe au concert d’indignation, le chef du parti démocrate (DSS, droite) Milos Jovanovic, cité par le tabloïd Informer, « exigeant de Vucic qu’il demande une excuse claire et nette de Macron », évoquant l’annulation de la visite du président français.

L’hebdomadaire indépendant Novi Magazin se demande si l’incident n’était pas une pression sur Aleksandar Vucic « pour qu’il soit plus coopératif » dans les discussions avec le Kosovo, qui sont au point mort. Aleksandar Vucic, qui a expliqué avoir hésité à quitter les cérémonies, a promis un accueil « grandiose » à Emmanuel Macron​ pour « lui montrer ce qu’est l’hospitalité serbe et comment nous voyons l’amitié ».