Allemagne: Un ancien garde de camp nazi jugé pour complicité de meurtre à 94 ans

CAMP DE STUTTHOF L’accusé, qui risque jusqu’à quinze ans de prison, n'a pas pu retenir ses larmes en écoutant les témoignages...

20 Minutes avec agences

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Le nonagénaire est accusé de complicité dans les meurtres commis dans le camp de concentration de Stutthof pendant la Seconde guerre mondiale.
Le nonagénaire est accusé de complicité dans les meurtres commis dans le camp de concentration de Stutthof pendant la Seconde guerre mondiale. — Guido Kirchner/AP/SIPA

Un Allemand de 94 ans, ancien garde dans un camp de concentration nazi, comparaît depuis ce mardi à Münster (Allemagne) pour complicité de centaines de meurtres. Il est accusé d’avoir servi, entre juin 1942 et septembre 1944, dans le camp de Stutthof (Pologne). Le parquet n’a pas divulgué son identité.

L’accusé, âgé de 18 et 20 ans au moment des faits, est jugé en tant que mineur. Des centaines de personnes ont été assassinées dans ce camp alors qu’il était en poste. « Toutes les manières de tuer ou presque ont été employées » là-bas, selon le procureur de Dortmund.

Des larmes lors de l’audience

Lors de ce premier jour, l’accusé ne s’est pas exprimé. Mais face aux témoignages de descendants de victime, le nonagénaire n’a pu retenir son émotion. « Il a aidé à ce que ma mère soit tuée, cette mère adorée qui m’a tant manqué toute ma vie », a déclaré une autre témoin. Après deux témoignages, l’accusé était en larmes, selon l’agence allemande dpa présente sur place. Une autre audience est programmée pour jeudi 8 novembre.

Selon le parquet, l’accusé avait connaissance de ces exactions et s’est ainsi rendu complice des assassinats. En août 2017, le nonagénaire a nié devant la police avoir su que de telles atrocités étaient commises. Il affirmait que les soldats souffraient aussi du manque de nourriture. A Stutthof, premier camp de concentration en dehors du territoire allemand, 65.000 personnes sur 110.000 déportées sont mortes. Il a d’abord servi à la détention de prisonniers de guerre et opposants polonais, norvégiens ou danois. Puis des Juifs de Pologne et des pays baltes, surtout des femmes, y ont été déportés à partir de 1944 dans le cadre de la « solution finale ».

« Que justice soit rendue »

Pour ce procès, on compte 17 parties civiles. « Je suis très reconnaissant de la tenue de ce procès, personne dans ma famille n’a cru que des poursuites étaient possibles », se félicite Ben Cohen, petit-fils d’une déportée rescapée du camp de concentration. « Pour moi qui suis de la troisième génération c’est très important. »

Les 14 audiences prévues jusqu’à janvier seront limitées à deux heures chacune afin de ménager le nonagénaire. L’accusé encourt un maximum de quinze ans de prison mais une peine aussi lourde est peu probable. Les parties civiles « ne cherchent pas à ce qu’un vieil homme de 94 ans aille en prison, mais veulent que justice soit rendue », note Onur Özata, avocat de deux victimes dont toute la famille a été assassinée.

La justice allemande reste critiquée pour son traitement tardif des crimes du IIIe Reich. Une nouvelle jurisprudence permet depuis 2011 de poursuivre pour « complicité de meurtre » ceux qui ont participé au fonctionnement des camps. Avant, seuls les suspects directement impliqués étaient concernés.