«Midterms» américaines: La peur, une stratégie (encore) gagnante pour Donald Trump?

ETATS-UNIS Comme en 2016, le président américain attise les peurs pour mobiliser son électorat avant les élections de mi-mandats organisées ce mardi...

Philippe Berry
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Donald Trump à la convention républicaine de Cleveland, le 21 juillet 2016.
Donald Trump à la convention républicaine de Cleveland, le 21 juillet 2016. — Patrick Semansky/AP/SIPA

De notre correspondant aux Etats-Unis,

On ne change pas une méthode qui gagne. Avant les «midterms» de ce mardi, Donald Trump a jeté toutes ses forces dans la bataille, participant à plus de trente meetings électoraux en deux mois, dont quatre rien que ce week-end. A chaque fois, le même message : l’économie est au beau fixe, mais tout pourrait s’écrouler si les démocrates remportent les législatives et reprennent le contrôle de la Chambre. Et avec la caravane de migrants honduriens en route vers la frontière, le président américain a trouvé « l’épouvantail » idéal, a estimé ce samedi Barack Obama depuis la Géorgie.

« Donald Trump veut que les électeurs aient peur, car c’est l’émotion qui a toujours le mieux fonctionné dans la politique américaine », notait récemment l’historien Jon Meacham sur le plateau de l'émission The View. En 1988, George H.W. Bush avait torpillé le démocrate Michael Dukakis avec un spot l'accusant d'avoir libéré un criminel afro-américain violent. La semaine dernière, Donald Trump a fait pareil avec une vidéo centrée sur un trafiquant de drogue mexicain expulsé à deux reprises, condamné à mort cette année pour le meurtre de deux policiers californiens en 2014.

« Cocktail explosif »

« Donald Trump brasse un cocktail explosif : peur, racisme et théories du complot », estime Chris Edelson, professeur de sciences-politiques à l’American University de Washington. Selon le locataire de la Maison Blanche, la caravane de 7.000 migrants honduriens « ressemble à une invasion ». Les images de la foule qui force une barrière à la frontière entre le Honduras et le Guatemala, évoquent des scènes du Camp des saints, la fable migratoire apocalyptique de Jean Raspail, livre de chevet de Steve Bannon, l’ancienne éminence grise de Donald Trump.

En 2016, les sondages avaient montré que les électeurs qui avaient le plus peur du terrorisme et de la criminalité étaient les plus à même de voter pour Donald Trump, qui se présentait comme le candidat de «la loi et l'ordre» (law and order). Il surfe sur la même vague cette année, quitte à s'aventurer sur le terrain des «faits alternatifs».

Mobiliser la base

Sans fournir de preuves, le président américain assure que « des criminels et des inconnus du Moyen-Orient sont mélangés » aux migrants, un refrain récurrent dans les sphères de l'alt-right, frange de l'extrême droite américaine. Il a également sous-entendu que la caravane était financée par le milliardaire pro-démocrates George Soros. « Je ne serais pas surpris, beaucoup de gens le disent », a répondu le président américain.

Recentrer le débat sur l’immigration a permis au président américain de faire coup double, selon Chris Edelson : il a tourné la page médiatique des engins explosifs envoyés à des démocrates par un de ses supporteurs, et il mobilise sa base. En 2016, Donald Trump avait notamment gagné en séduisant en masse les hommes blancs peu diplômés. Selon une étude l’université de Pennsylvanie, l’explication n’était pas tant à chercher du côté de la crise économique que « de la crainte de perdre un statut culturel dominant ». Rien de tel que le spectre d’une invasion étrangère pour rallier les troupes.