Nouvelle-Calédonie: Entre métal et stratégie, pourquoi le «Caillou» est loin d’être un territoire lointain sans importance

GEOPOLITIQUE L’archipel est un point d’appui dans le Pacifique…

Nicolas Raffin

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Un véhicule sur la route à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie.
Un véhicule sur la route à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie. — Nicolas Job/SIPA
  • Les Néo-calédoniens ont dit « non » à l’indépendance ce dimanche.
  • L’île présente un intérêt stratégique évident pour la France.
  • Elle suscite aussi l’appétit de la Chine, qui étend peu à peu sa sphère d’influence.

Pour l’instant, elle reste. Ce dimanche, la Nouvelle-Calédonie a dit non à l’indépendance et demeure un territoire français. Même si Emmanuel Macron n’avait pas publiquement pris position avant le scrutin, le chef de l’État avait néanmoins reconnu que « la France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie ». Moins belle, mais aussi moins influente dans la région Pacifique. Le « Caillou » représente en effet un territoire stratégique à de nombreux points de vue.

Des îles pleines de ressources… minières

La Nouvelle-Calédonie est assise sur un tas « d’or vert », le surnom du nickel. Près de 25 % des ressources mondiales de ce métal sont situées sur l’archipel, avec plusieurs entreprises privées qui en assurent l’exploitation. Même si la Nouvelle-Calédonie est loin des Philippines ou de l’Indonésie en termes de volumes produits, « le nickel est un métal important pour construire des infrastructures [il sert à fabriquer de l’acier inoxydable], souligne Bastien Vandendyck, analyste en relations internationales et consultant chez Vae Solis. C’est une ressource stratégique car la France possède peu de ressources minières sur son territoire ».

Un espace maritime très important

En droit de la mer, la zone économique exclusive (ZEE) désigne l’espace maritime qu’un Etat peut exploiter comme bon lui semble (sous-sols, fonds marins, pêche). La ZEE de la Nouvelle-Calédonie s’étend sur 1,4 million de kilomètres carrés, environ deux fois et demi la taille de la France métropolitaine.

« Au moment où l’on parle d’épuisement des ressources, posséder une ZEE peut être une force analyse Bastien Vandendyck. Près de la Nouvelle-Calédonie, vous avez des minéraux enfouis dans les sols marins. » Ces minéraux sont des « terres rares » (scandium ou yttrium par exemple) nécessaires à la fabrication des voitures électriques ou des smartphones.

« Pour l’instant leur exploitation coûte très cher et pollue, poursuit le spécialiste. Demain, si on arrive à les extraire de manière responsable, cela pourrait représenter un avantage ». Un objectif qui pourrait entrer en conflit avec la préservation de la biodiversité. Les lagons de Nouvelle-Calédonie sont en effet inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco.

Une tête de pont dans le Pacifique

La Nouvelle-Calédonie abrite la plus grande base militaire française du Pacifique. Selon l’ambassadeur australien en France interrogé dimanche par le JDD, cela contribue à stabiliser la région : « L’Australie accorde une grande valeur au rôle bénéfique joué par la France pour la sécurité et l’économie du Pacifique » explique Brendan Berne.

Le Pacifique attise notamment la convoitise de la Chine, qui étend peu à peu sa sphère d’influence. « Les Chinois commencent par noyauter l’économie du pays désiré, pour au final devenir un partenaire incontournable sur le plan politique, analyse Bastien Vandendyck. Par exemple, la dette du Tonga (Pacifique Sud) est détenue à 63 % par la Chine ! ».

Alors que Pékin est « en train de construire son hégémonie pas à pas », selon les mots d’Emmanuel Macron, la Nouvelle-Calédonie apparaît, au vu de ses ressources, comme un nouveau territoire à conquérir. « La société minière détenue par les indépendantistes a d’ailleurs noué un partenariat avec une entreprise chinoise » relève Bastien Vandendyck. La bataille n’est pas terminée, car le processus prévu par l’accord de Nouméa de 1998 laisse la possibilité d’organiser encore deux référendums sur l’indépendance d’ici 2022.