L’Union européenne suspendue au vote irlandais

Vincent Glad

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Le quartier de Temple Bar, à Dublin.
Le quartier de Temple Bar, à Dublin. — Flickr/CC/Ian Wilson

L’Union européenne joue une nouvelle fois sa crédibilité sur un référendum très indécis ce jeudi en Irlande. Les Irlandais doivent approuver ou non le Traité de Lisbonne, la version revue et corrigée de la Constitution européenne repoussée par les électeurs français et néérlandais en 2005. Décryptage de ce vote au goût de sanction.


Pourquoi les Irlandais votent jeudi? L'Irlande est le seul des 27 pays de l'UE à devoir ratifier le traité par référendum, comme l'impose sa Constitution. Les autres Etats membres ont opté pour la voie parlementaire. Dix-sept pays l’ont déjà ratifié, dont la Finlande et l’Estonie ce mercredi.

Le «Non» part-il favori? Depuis quelques semaines, les journaux européens conjecturent sur le «Non» irlandais, pourtant le «Oui» garde toute ses chances. Trois sondages publiés depuis une semaine ont livré des résultats contradictoires, le «Oui» étant crédité de sept points d'avance dans l'un d'eux et de cinq points de retard dans un autre. Dans ces conditions, l’abstention devrait jouer un grand rôle.

Pourquoi l’Irlande voterait «Non»? L’Irlande peut le faire… puisqu’elle l’a déjà fait. En 2001, le «tigre celtique» avait repoussé le Traité de Nice, avant de finalement le ratifier lors d’un second référendum en 2002. Les raisons du «Non» irlandais sont diffuses: peur de devoir renoncer à leur fiscalité attractive, crainte d’une baisse des subventions agricoles, inquiétudes concernant le lancement de l’Europe de la défense dans un pays très neutre.

Mais selon Fabio Liberti, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques, interrogé par 20minutes.fr, la raison principale tient au caractère très catholique du pays: «La Charte des droits fondamentaux, qui va devenir contraignante avec le Traité de Lisbonne, pourrait forcer l’Irlande à revoir ses positions sur l’IVG ou le mariage homosexuel.»

Si le «Non» passe, quel avenir pour l’Europe?
L’Union européenne, déjà très fragilisée par le double refus français et néerlandais en 2005 de la Constitution, aurait beaucoup de mal à se remettre d’un nouveau revers dans les urnes. Les instances européennes craignent un «effet domino» dans des pays chancelants. Le «Non» irlandais et son impact médiatique mettraient en effet le Premier ministre anglais Gordon Brown dans une situation délicate. L’opposition et une partie de son camp le presse de renoncer à la ratification parlementaire et de convoquer les citoyens. Or Gordon Brown sait bien que le Traité n’a aucune chance de passer lors d’un référendum dans un pays très eurosceptique.

La République tchèque donne aussi des sueurs froides à Bruxelles. Le camp du président Vaclav Klaus n’est pas très motivé à l’idée de ratifier le Traité. «Effet domino» ou pas, l’Europe serait de toute façon paralysée, le Traité de Nice et son système de vote alambiqué restant en vigueur, en attente d’une solution.

L’Union européenne a t-elle un plan B?
Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a prévenu: «il n’y aura pas de plan B». Pourtant, il faudra bien trouver des solutions, sachant que l’hypothèse d’une sortie de l’Irlande de l’UE semble exclue. Pour éviter de relancer de nouvelles négociations à 27 sur les institutions européennes (qui durent depuis 8 ans!), Bruxelles pourrait reprendre la méthode qui avait fonctionné en 2002 en accordant des dérogations supplémentaires à l’Irlande sur les sujets sensibles, comme l’avortement ou la défense.

Le «Non» irlandais handicaperait-il la présidence française de l’UE?
Pour Paris, cela ne pouvait pas plus mal tomber. Si les Irlandais repoussent le Traité, la présidence française s’ouvrirait le 1er juillet sous de très mauvais auspices. Et l’agenda serait bousculé: «La présidence serait obligé de se concentrer sur des sujets institutionnels et donc laisser de côté les sujets politiques auxquels tient beaucoup la France, comme l’immigration et l’environnement», estime Fabio Liberti.