«Midterms» américaines: Pourquoi Donald Trump joue très gros

LEGISLATIVES Au mieux, le président américain fera face à une cohabitation. Au pire, à la menace d’un « impeachment »…

Philippe Berry

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Donald Trump dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, en octobre 2017.
Donald Trump dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, en octobre 2017. — MAISON BLANCHE

De notre correspondant aux Etats-Unis,

La bataille s’annonce explosive. Mardi, les électeurs américains vont renouveler l’intégralité de la Chambre des représentants, un tiers du Sénat et deux tiers des gouverneurs. Dans un pays plus déchiré que jamais, ces élections de la mi-mandat se sont transformées en référendum pour ou contre Donald Trump. En cas de victoire à la Chambre, les démocrates pourront bloquer la politique du président américain et, peut-être, tenter de le destituer. On n’en est pas là.

Les démocrates favoris à la Chambre mais pas au Sénat

Le scénario le plus probable est celui d’une cohabitation à l’américaine. Selon le modèle mathématique du site FiveThirtyEight, les démocrates ont 80 % de chances d’obtenir la majorité à la Chambre des représentants. En revanche, les républicains restent favoris au Sénat, à cause d’une carte qui leur est favorable : sur les 35 sièges en jeu, les trois quarts des sortants sont démocrates, et plusieurs sont en difficulté dans des Etats ruraux. Le président américain peut également compter sur une économie qui reste au beau fixe, avec un taux de chômage au plus bas, à 3,7 %.

Attention, avertit toutefois Sam Wang, expert statistique de Princeton : « Les sondages se sont trompés de plusieurs points en 2016, et la marge d’erreur est plus importante pour les midterms, jusqu’à 4 %. Tout se jouera sur la participation, et elle est difficile à prévoir pour des législatives. »  A 44 % d’opinions favorables, la cote de popularité de Donald Trump remonte, mais elle reste comparable à celle d’Obama en 2010, année où les démocrates avaient pris une fessée. Le président américain a en tout cas jeté toutes ses forces dans la bataille. Il a participé à près de 30 meetings en deux mois pour soutenir des candidats républicains, comme son ancien rival Ted Cruz au Texas. Mais dans une interview à AP, il a pris les devants, estimant qu’une défaite ne serait « pas de [sa] faute ».

Le spectre d’un impeachment, mais pas tout de suite

Le parti qui contrôle la Chambre peut voter un impeachment à la majorité simple. Ce n’est arrivé que deux fois en un peu plus de deux cents ans, à Andrew Jackson et à Bill Clinton – Nixon a démissionné avant. Mais aucun président n’a jamais été destitué. Après un procès, le Sénat doit en effet condamner le locataire de la Maison-Blanche à la majorité des deux tiers (67 sénateurs sur 100).

« Même avec la majorité à la Chambre, les démocrates ne vont sans doute pas jouer cette carte tout de suite », estime Chris Edelson, professeur de sciences politiques à l’American University de Washington. Ils attendront que le procureur Robert Mueller boucle son enquête sur la Russie, sans doute d’ici à la fin de l’année. Mais, même en cas de révélations explosives, « les républicains ont pour l’instant presque toujours fait bloc derrière Trump », souligne l’universitaire, notamment pour confirmer le juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême malgré les accusations d’agression sexuelle le visant.

Avant de parler d’impeachment, les démocrates pourront lancer des enquêtes parlementaires sur la Russie, les finances de la Trump Organization et l’argent versé à l’ex-pornstar Stormy Daniels pendant la campagne. Ils auront également le pouvoir de bloquer tout projet de loi républicain. Pour Chris Edelson, « il ne faut pas voir une telle situation comme un blocage du Congrès, mais comme un juste rééquilibrage prévu pour protéger la démocratie américaine. »