Le Proche-Orient avec vue sur l'amer

Camille Raynaud de Lage - ©2008 20 minutes

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« Je suis né dans une zaouïa, un phalanstère soufi [haut lieu religieux]. La seule musique de mon enfance, c'est la psalmodie du Coran. » Mohamed Kacimi est un écrivain d'origine algérienne, né en 1955, à El-Hamel, dans le nord du Sahara. Dans L'Orient après l'amour *, qui vient de paraître, il livre un carnet de voyage composé de moments vécus depuis son enfance. Dans ses chroniques et instants pris sur le vif, de l'Algérie à la Tunisie, de l'Egypte à la Palestine, d'Israël au Liban, et jusqu'à la France, il porte un regard « à la fois acide et amusé » sur le monde arabe. Ce livre dit son « état de mélancolie » : « J'ai assisté à l'oeil nu, pendant dix-sept ans de périples à travers tous ces pays, au naufrage de ces peuples dans les bras des islamistes », résume l'écrivain, également poète, dramaturge et auteur de livres pour enfants.

« L'islam de la transe que j'ai connu, écrit-il, est devenu aujourd'hui une propédeutique de la mort. » Pour contrer ce « constat amer », un message essentiel : « L'intégrisme commence quand l'homme perd son sens de l'humour. »

L'écrivain n'a pas l'ambition de « pouvoir changer la société », mais espère « faire rire de la tragédie du monde », pour « sortir par le haut ». Débarqué à Paris en 1982, Kacimi n'en est plus reparti. Celui qui se définit à travers « deux identités et deux histoires », regrette « ce pays qu'il a connu [l'Algérie], et qui n'existe plus ». La France n'est pas exempte de critiques pour autant : « C'est drôle, glisse-t-il, la société française, plus elle se métisse, plus elle se rétracte... »