Elections au Brésil: Avec ou sans Jair Bolsonaro, les Brésiliens veulent surtout un meilleur avenir

LENDEMAIN Le candidat d’extrême droite s’est imposé dimanche au second tour avec 55,1% des voix face à Fernando Haddad, du Parti des travailleurs…

Amélie Perraud-Boulard et Corentin Chauvel (au Brésil)

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Paulo et Ana Maria, propriétaires d'un kiosque à São Paulo, le 29 octobre 2018.
Paulo et Ana Maria, propriétaires d'un kiosque à São Paulo, le 29 octobre 2018. — Amélie Perraud-Boulard/20 Minutes

De nos correspondants sur place à São Paulo et Rio de Janeiro,

Ce lundi matin à Rio comme à São Paulo, le temps est gris et la vie a repris son cours, comme si de rien n’était. Le contraste est saisissant après 45 jours d’une campagne violente et acharnée des deux camps, conclue dimanche soir par les effusions de joie dans la foulée des résultats donnant la victoire à Jair Bolsonaro au second tour de la présidentielle face à Fernando Haddad.

« Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu le Brésil comme cela », sourit Adriana, croisée dans les rues du centre-ville de Rio, qui dit s’être réveillée « très heureuse » ce lundi matin. Cette esthéticienne de 38 ans, qui a participé à la campagne de Jair Bolsonaro, estime qu’« il fallait changer les choses » et que « si tout le système corrompu est contre lui, c’est qu’il représente celui dont on avait besoin ».

Un dimanche tendu, un lundi plus apaisé

A contrario, Willian, rencontré un peu plus loin, a trouvé les scènes de joie des partisans du candidat d’extrême droite « démesurées ». « J’avais l’impression qu’ils célébraient la victoire d’une équipe de football », déplore ce programmateur informatique de 26 ans, qui se dit lui « un peu nerveux » depuis dimanche soir alors qu’il avait un peu d’espoir que Fernando Haddad puisse s’imposer.

Selma, étudiante de São Paulo, a également vécu une fin d’élection loin d’être tranquille après avoir voté elle aussi pour la gauche. « J’ai suivi les résultats en famille. Toute la journée, ça a été assez tendu parce que je suis noire et j’ai une nièce qui est lesbienne. Alors évidemment, j’appartiens à cette partie des Brésiliens qui sont profondément inquiets par les conséquences de la victoire de Bolsonaro », raconte-t-elle.

« C’est un nouveau départ »

Mais ce lundi matin, la paix semble être revenue, les maillots du Brésil d’un côté et les tee-shirts « Lula Livre » (« Lula libre ») de l’autre ont été rangés, on ne perçoit même plus aucun tract ou autocollant sauvage militant laissé dans la rue. « Ce matin, nous sommes soulagés que toute cette campagne soit terminée et qu’Haddad n’ait pas été élu. Nous sommes désormais dans l’attente d’un climat un peu plus paisible dans ce pays, d’une union de la population », indiquent Paulo, 69 ans, et Ana Maria, 64 ans, qui tiennent un kiosque à journaux dans le centre-ville de São Paulo. « C’est un nouveau départ. A la différence des autres candidats, que l’on connaissait tous, Jair Bolsonaro présente un nouveau visage. Le Brésil a besoin de retrouver un peu d’ordre et de suivre des règles simples, c’est ce qu’il va apporter, nous l’espérons. »

Même si Jair Bolsonaro a soulevé de nombreuses inquiétudes durant la campagne, en raison notamment de son caractère autoritaire et de ses positions intolérantes vis-à-vis des minorités, au lendemain de son élection, ses adversaires ne souhaitent pas tous que les choses empirent. « Ce matin, j’ai une réaction un peu moins "émotionnelle", explique Selma. Je me dis qu’il est possible que la présidence de Bolsonaro ne soit pas aussi horrible que ce que l’on craint. On va attendre de voir un peu ce qu’il fait. Et j’espère voir peu à peu s’atténuer mes craintes. »

« On a jeté les dés et on verra bien ce que cela donne »

Même son de cloche pour Willian. « J’ai des amis qui parlent de fuir le Brésil, mais moi j’espère que ma vision de lui était erronée et qu’il gouverne bien le pays, principalement dans les domaines de l’éducation et de la sécurité », confie le jeune homme, même s’il n’y croit pas trop, parce que « Bolsonaro n’est pas très préparé et a des positions très extrémistes ». Il cite l’exemple de Donald Trump qui a confirmé, une fois au pouvoir, les craintes préalables : « On a jeté les dés et on verra bien ce que cela donne. »

Si les doutes sont évidemment bien moindres du côté des partisans du « Mito » (« mythe »), comme ils le surnomment, ceux-ci affirment ne pas non plus lui avoir signé un chèque en blanc. « Je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il dit, il a tendance à trop dévoiler ce qu’il pense, mais si je dois regretter de l’avoir soutenu, j’irai manifester dans la rue contre lui s’il le faut », souligne Adriana. Et Paulo et Ana Maria de conclure : « Il ne faut jamais oublier que dans le fond, le plus important est que les Brésiliens se lèvent chaque jour pour travailler et faire avancer leur pays. Tout ne dépend pas que des hommes politiques. »