Allemagne: Pourquoi Angela Merkel annonce que ce mandat sera son dernier?

EUROPE Angela Merkel a posé ce lundi les jalons de son retrait du pouvoir en annonçant que son mandat de chancelière était le dernier et en renonçant à la présidence de son parti…

L.C.

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Angela Merkel le 29 octobre 2018 à Berlin.
Angela Merkel le 29 octobre 2018 à Berlin. — Marquardt Christian/action press/REX/Shutterstock/SIPA
  • Angela Merkel renonce à la présidence de son parti après un revers électoral régional en Allemagne.
  • Son mandat actuel de chancelière entamé en mars, le quatrième depuis son arrivée au pouvoir en 2005, sera « le dernier », a-t-elle dit ce lundi.
  • La chancelière et patronne de la CDU est devenue la cible de critiques croissantes dans une partie de l’opinion, avec une popularité en déclin continu du fait notamment de sa décision d’ouvrir les portes du pays à plus d’un million de demandeurs d’asile en 2015 et 2016.

« Mutti » s’en va. La chancelière allemande Angela Merkel a annoncé ce lundi qu’elle quitterait la présidence de son part, la CDU, qui doit être renouvelée en décembre prochain. Son mandat actuel de chancelière, entamé en mars, le quatrième depuis son arrivée au pouvoir en 2005, sera « le dernier », a-t-elle dit. Elle a également fermé la porte à une éventuelle poursuite de sa carrière politique au sein des institutions européennes. 20 Minutes fait le point sur cette annonce motivée par des revers électoraux et des choix tactiques.

Pourquoi Angela Merkel renonce-t-elle à la tête de son parti ?

« Il n’est plus possible de faire comme si rien ne s’était passé », a jugé Angela Merkel après l’élection régionale de dimanche en Hesse, qui avait valeur de test de popularité au plan national. Son parti démocrate-chrétien, bien qu’arrivé en tête avec 27 %, y a perdu plus de onze points par rapport au précédent scrutin. Il y a deux semaines son camp avait déjà enregistré un résultat très décevant lors d’un autre scrutin régional en Bavière, tandis que l’extrême droite anti-migrants d’une part et les écologistes d’autre part progressent fortement.

Ce ras-le-bol découle beaucoup des querelles au sein du gouvernement et notamment du bras de fer sur la politique migratoire entre Angela Merkel et le ministre de l’Intérieur, membre de la CSU. Souhaitant un changement de politique migratoire, il a menacé de démissionner, mais a fini par rester. Cet épisode a entamé l’autorité de la chancelière. « Elle a fait des erreurs, elle aurait dû le limoger », estime Ulrich Pfeil, professeur de civilisation allemande à l’Université de Lorraine-Metz. « Depuis la formation de ce gouvernement, Merkel a chuté dans les sondages, et son parti aussi ».

C’est dans ce contexte que la chancelière a annoncé qu’elle comptait lâcher les rênes de la CDU, une décision qu’elle dit avoir prise avant l’été. « L’image de son parti s’est dégradée à cause de la politique menée au niveau fédéral. Elle dit avoir reçu le message des électeurs qui estiment qu’il faut changer de cours », souligne Hélène Miard-Delacroix, spécialiste de l’Allemagne contemporaine et professeur à la Sorbonne.

« En laissant la tête du parti à quelqu’un d’autre, elle espère que la CDU peut bénéficier d’un coup de jeune et se donner un profil plus net. C’est intelligent tactiquement, d’autant plus que ce scrutin interne était risqué pour elle. Angela Merkel est contestée en interne, par l’aile gauche et l’aile droite du parti », poursuit-elle. Son choix peut sembler judicieux : « la presse allemande parle d’un départ digne, qui arrive à temps », note Ulrich Pfeil.

Cette décision peut-elle compliquer la suite de son mandat ?

La chancelière a dit qu’elle irait au bout de son mandat actuel, en 2021, se justifiant par la nécessité de faire preuve de « responsabilité » à la tête du pays, dans un climat mondial et intérieur agité. En annonçant son départ dans deux ans, elle risque de souffrir d’une perte de crédibilité à l’international, en Europe notamment, mais aussi au niveau national. « Cela risque d’être compliqué. Il faut qu’elle arrive à garder l’autorité du chef de gouvernement, tout en n’étant chef du parti. Cela va aussi dépendre de la grande coalition, va-t-elle se ressaisir ? », s’interroge Hélène Miard-Delacroix.

En 2019, des élections régionales auront lieu dans quatre Länder. « En cas de nouveau revers pour la CDU, cela peut fragiliser la chancelière et on peut imaginer un départ anticipé », avance Ulrich Pfeil.