Spike Lee-Clint Eastwood: la guerre des mots

CINEMA L'un accuse de racisme, l'autre crie à la mystification...

Kéthévane Gorjestani

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L'une des images symboles du XXe siècle, celle de soldats américains plantant la bannière étoilée après une bataille au Japon en 1945, est le point de départ de "Mémoires de nos pères" ("Flags of our fathers"), le dernier film de Clint Eastwood, sur les écrans français mercredi.
L'une des images symboles du XXe siècle, celle de soldats américains plantant la bannière étoilée après une bataille au Japon en 1945, est le point de départ de "Mémoires de nos pères" ("Flags of our fathers"), le dernier film de Clint Eastwood, sur les écrans français mercredi. — AFP/Warner Bros

Depuis quelques semaines, Spike Lee et Clint Eastwood se livrent une guerre par médias interposés. Accusations de racisme, insultes, insinuations douteuses, tout y est passé. Clint Eastwood, qui se définit lui-même comme «libertarien», est souvent associé aux républicains. Spike Lee, lui, est un des porte-drapeau de la lutte de la communauté afro-américaine.

Tout commence lors d'une conférence de presse pendant le festival de Cannes. Spike Lee, faisant la promotion de son nouveau film «Miracle at St Anna», sur une division de soldats noirs pendant la seconde guerre mondiale, reproche à Clint Eastwood l'absence de personnages afro-américains dans ses films sur Iwo Jima. «Dans sa vision d'Iwo Jima, les soldats nègres n'existaient pas. Moi j'ai une autre version», a dit Lee.

Spike Lee «devrait fermer sa gueule»

Dans une interview au quotidien britannique «The Guardian», l'inspecteur Harry a répondu à ces accusations en disant qu'un «mec comme lui devrait fermer sa gueule». Pour justifier ses choix, Eastwood a expliqué qu'il y avait bien des troupes noires à Iwo Jima, «mais ils n'ont pas planté le drapeau». (La bataille d'Iwo Jima est connue pour la photo de marines américains plantant le drapeau américain sur le Mont Suribachi).

«Quand je fais un film et qu'il est à 90% noir, comme Bird (un biopic de 1988 sur Charlie Parker, un des grands musiciens de jazz), alors je prends des acteurs à 90% noirs». Eastwood rappelle que Lee n'en est pas à son coup d'essai en ce qui concerne ce genre de critique: «Il se plaignait quand j'ai fait Bird. Pourquoi un mec blanc ferait ça? J'étais le seul à le faire, voilà pourquoi.» Tout en refusant de mettre un acteur noir dans un de ses films pour être politiquement correct.

«Nous ne sommes pas sur une plantation»

Lee n'a pas tardé à réagir sur le site Internet d'ABC News: «D'abord cet homme n'est pas mon père et nous ne sommes pas sur une plantation», en référence au passé esclavagiste des Etats-Unis. Il a ajouté: «Je n'ai jamais dit qu'un des mecs portant le drapeau devait être noir. J'ai dit que les afro-américains avaient joué un rôle important à Iwo Jima».

Le prochain film de Clint Eastwood, «The human factor», aborde la façon dont Nelson Mandela a utilisé la victoire de l'Afrique du Sud à la Coupe du monde de rugby de 1995 pour promouvoir l'unité nationale après l'Apartheid. Eastwood rassure: «Je ne vais pas rendre Nelson Mandela blanc.»