Harcèlement sexuel: La justice britannique étouffe un scandale mettant en cause un grand patron

ACCUSATIONS Un accord de confidentialité avait été signé entre l’homme d’affaires et cinq de ses employés, donnant lieu à des versements d’argent « substantiels » et prévalant sur la liberté d’informer…

20 Minutes avec AFP

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Philip Green, le patron du groupe Arcadia à Hong Kong, le 5 juin 2013.
Philip Green, le patron du groupe Arcadia à Hong Kong, le 5 juin 2013. — Kin Cheung/AP/SIPA

« Le scandale britannique #MeToo qui ne peut être révélé ». Au terme de huit mois d’enquête, le Telegraph a été empêché par la justice britannique de dévoiler un scandale de harcèlement sexuel, éclaboussant Philip Green, le patron du groupe Arcadia. Son identité d’abord était restée secrète, en raison d’un accord signé avec des employés, avant d’être dévoilé par un membre de la Chambre des Lords usant de son privilège parlementaire.

Un accord de confidentialité avait été signé entre l’homme d’affaires et cinq de ses employés, donnant lieu à des versements d’argent « substantiels » et prévalant sur la liberté d’informer. Cet accord avait, dans un premier temps, empêché la divulgation de son identité par la presse. La justice britannique, saisie par l’armée d’avocats du milliardaire, avait stoppé temporairement la publication par le quotidien conservateur Daily Telegraph.

« Nos lois permettent aux hommes riches et puissants de faire pratiquement tout ce qu’ils veulent »

Le nom de l’homme d’affaires a été révélé, jeudi après-midi, par Peter Hain, membre de la Chambre des Lords, qui a estimé qu’il était de son « devoir » et « dans l’intérêt du public » d’user de son « privilège parlementaire » pour enfreindre la décision de justice et révéler l’identité du mis en cause. Il a expliqué avoir appris son nom après avoir été approché par une personne « étroitement impliquée » dans l’affaire.

Après la divulgation de son identité, Philip Green, a rejeté les accusations de racisme et de harcèlement sexuel portées contre lui par plusieurs de ses employés. Cet impératif de silence avait provoqué l’indignation dans le pays, autant dans l’opinion publique que chez les politiques : « Il semble que nos lois permettent aux hommes riches et puissants de faire pratiquement tout ce qu’ils veulent tant qu’ils paient pour le garder sous silence », avait dénoncé la députée travailliste Jess Phillips, ce mercredi.

« Une attaque contre la liberté de la presse »

Le Telegraph a précisé que l’homme d’affaires avait dépensé près de 500.000 livres (environ 566.000 euros) pour être représenté par une équipe d’au moins sept avocats du cabinet londonien Schillings, qui compte parmi ses clients la star portugaise du football Cristiano Ronaldo, accusée de viol.

Après ces révélations, la Première ministre Theresa May s’était engagée, mercredi, devant les députés à revoir les règles entourant les accords de non-confidentialité afin d’empêcher l’usage « immoral » qui en est fait par certains employeurs. La Society of Editors, qui représente quelque 400 membres des médias, avait dénoncé « une attaque contre la liberté de la presse », estimant que leur « usage croissant » constituait une évolution « dangereuse pour une société libre ».