Syrie: Après avoir vécu un «enfer», un journaliste japonais, ex-otage de Daesh, de retour chez lui

LIBERATION Si Jumpei Yasuda a refusé d’apparaître devant les journalistes, il a promis de tenir une conférence de presse ultérieurement pour parler de son expérience…

20 Minutes avec AFP

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Jumpei Yasuda, journaliste japonais, a été enlevé en Syrie par Daesh en juin 2015 et libéré en octobre 2018.
Jumpei Yasuda, journaliste japonais, a été enlevé en Syrie par Daesh en juin 2015 et libéré en octobre 2018. — Huseyin Bozok/AP/SIPA

« C’était l’enfer » Voilà les premiers mots de Jumpei Yasuda, le journaliste japonais, détenu en Syrie depuis plus de trois ans. Libéré en début de semaine, l’homme est arrivé au Japon, ce jeudi, où il a retrouvé dans l’émotion son épouse et ses parents.

« Je m’excuse d’avoir été la source de tant de soucis et d’inquiétudes mais, grâce à vous tous, j’ai pu rentrer sain et sauf », a-t-il dit dans une brève déclaration lue par sa femme Myu. Si Jumpei Yasuda a refusé d’apparaître devant les journalistes, il a promis de tenir une conférence de presse ultérieurement pour parler de son expérience.

« Je perdais le contrôle de moi-même, petit à petit »

Après sa libération, il a été acheminé en Turquie, avant d’être rapatrié à l’aéroport de Narita près de Tokyo, au Japon. « C’était l’enfer », a-t-il déclaré aux journalistes dans l’avion qui l’a ramené en Turquie. « Pas seulement physiquement, mais aussi mentalement. Chaque jour je me disais "ce n’est donc pas aujourd’hui que je serai libéré", et je perdais le contrôle de moi-même, petit à petit ». Le journaliste indépendant de 44 ans était alors apparu les traits tirés, soulagé et tendu à la fois.

« Depuis environ 40 mois, je n’ai pas parlé japonais, alors les mots ne me viennent pas facilement », a-t-il expliqué. « Je suis content de retourner au Japon mais en même temps, je n’ai aucune idée de ce qui va se passer maintenant et de la manière dont je vais devoir me comporter. Je ne sais que penser », a ajouté Jumpei Yasuda qui s’est excusé pour « le trouble causé ». Par le passé, d’anciens otages ont été, une fois sur le sol japonais, victimes d’insultes de la part de leurs compatriotes, considérant que leur situation était due à leur imprudence.

Le Japon a-t-il versé une rançon pour libérer le journaliste ?

Le journaliste a également détaillé ses conditions de détention, expliquant qu’il n’avait pu se laver pendant huit mois et était contraint de rester immobile pendant de longues heures. D’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), basé au Royaume-Uni, le journaliste japonais a été libéré dans le cadre d’un accord entre la Turquie et le Qatar. Il a été emmené en Turquie après avoir été remis par ses ravisseurs à un groupe armé « non- syrien », a indiqué l’OSDH, ajoutant que selon certaines sources une rançon avait été versée. Le gouvernement japonais a démenti tout versement de rançon.

Jumpei Yasuda avait été enlevé en juin 2015. Il était apparu en août dernier dans une vidéo mise en ligne par un groupe djihadiste. Vêtu d’une combinaison orangée, il était sous la menace d’hommes armés et masqués. Début 2015, des militants du groupe Etat islamique (EI) avaient décapité deux Japonais, le correspondant de guerre Kenji Goto et son ami Haruna Yukawa.