VIDEO. Saoudienne et athée, Rana Ahmad a fui son pays pour échapper à la mort

RECIT Rana Ahmad est saoudienne et athée. Menacée de mort dans son pays, elle s’est réfugiée en Allemagne et raconte son histoire dans un livre…

Lise Abou Mansour

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Rana Ahmad (Twitter)
Rana Ahmad (Twitter) — Rana Ahmad
  • Rana Ahmad a fui son pays, l'Arabie saoudite, car elle y était menacée de mort en raison de son athéisme.
  • La jeune Saoudienne a écrit un livre, Ici, les femmes ne rêvent pas, pour raconter son histoire.
  • « J’ai quitté l’islam quand j’ai compris que les femmes, dans d’autres pays, pouvaient vivre comme elles voulaient et qu’elles étaient libres ».

« Si je ne peux pas m’échapper d’ici, je vais me suicider », s’est dit Rana Ahamad un jour où elle se trouvait dans la maison de ses parents à Riyad, en Arabie saoudite. La jeune femme a trente ans et vient de divorcer. Une situation délicate dans un pays où la femme a besoin de l’autorisation de son tuteur masculin avant de prendre la plupart des décisions.

Le port du hijab à onze ans

Issue d’une famille musulmane sunnite qu’elle juge « extrémiste », son premier souvenir remonte à ses onze ans, lorsque, pédalant à vive allure sur son vélo, son grand-père l’aperçoit et le lui arrache. « Il m’a dit "Tu n’es plus une enfant. Tu n’as plus le droit de conduire un vélo parce que tu es une femme maintenant." » Le lendemain, son grand-père lui impose de porter le hijab. La petite Rana pleure longuement puis se résout à devenir la jeune fille qu’on attend qu’elle soit.

Le système de tutelle masculine est omniprésent en Arabie saoudite. Pour étudier, se marier ou aller chez le médecin, les femmes ont toujours besoin de l’autorisation d’un membre masculin de leur famille – père, mari, frère, fils. Alors désormais Rana a un seul souhait : trouver l’amour et vivre le restant de ses jours aux côtés de son mari.

Un mariage douloureux

A dix-neuf ans, Rana accepte d’épouser une connaissance de la famille et part vivre en Syrie avec lui. Mais son mariage se passe mal. Très vite, la famille de son époux l’espionne, la contraint et l’interdit de faire des études. Suite à des violences de la part de membres de sa belle-famille, la jeune femme divorce et retourne vivre chez ses parents à Riyad.

Elle commence à travailler, lit des livres et se crée un compte Twitter. Un tout nouvel univers, fait de philosophie et de sciences, s’ouvre alors à elle et à 25 ans, elle devient athée. « J’ai quitté l’islam quand j’ai compris que les femmes, dans d’autres pays, pouvaient vivre comme elles voulaient et qu’elles étaient libres. A partir de ce moment, je me suis dit "je vais vivre comme je l’entends" ».

Contrainte de cacher son athéisme

Pendant cinq ans, elle va cacher son athéisme. L’acte d’apostasie est passible de la peine de mort dans le royaume wahhabite. Rana continue à se voiler, à lire le Coran et à aller à la mosquée. Mais bientôt, elle n’en peut plus de mentir, à sa famille mais surtout à elle-même. Si jamais quelqu’un apprend qu’elle a quitté l’islam, la jeune Saoudienne encourt tout bonnement la mort. Rana n’a d’autre choix que de fuir son pays. Elle achète un billet pour Istanbul et traverse l’Europe jusqu’en l’Allemagne.

Habitant depuis plus d’un an et demi à Cologne, la jeune Saoudienne revit. « Maintenant, je suis vraiment heureuse parce que c’est simple. C’est simple de se réveiller, de mettre une robe, de choisir comment je vais m’habiller et me coiffer. C’est simple d’ouvrir la porte et de sortir, sans avoir besoin d’autorisation. »

Si Ben Salmane veut vraiment apporter du changement, il doit commencer par mettre fin au système du patriarcat. »

La Saoudienne ne voit pas d’un si bon œil l’arrivée au pouvoir du prince héritier, Mohammed Ben Salmane, d’abord présenté comme un moderniste prêchant un islam moins rigoriste. « Si Ben Salmane veut vraiment apporter du changement, il doit commencer par mettre fin au système du patriarcat. Les femmes en souffrent énormément. Elles sont en permanence sous le contrôle de leur père ou de leur mari. »

Rana cite un exemple très simple. Si une femme se fait battre par son conjoint ou son père et qu’elle appelle la police, ces derniers vont d’abord vouloir parler à son tuteur. « C’est absurde parce qu’ils vont lui demander "est-ce que vous acceptez qu’on vienne ? Est-ce que vous l’avez vraiment frappée ?" »

Une association pour aider les réfugiés athées

Depuis son arrivée en Allemagne, Rana Ahmad a créé l’association Atheist Refugee Relief pour venir en aide aux réfugiés athées qui ont quitté leur pays faute de liberté religieuse. « L’Arabie saoudite n’est pas le seul pays du Moyen-Orient qui menace les ressortissants athées. C’est aussi le cas en Irak ou en Jordanie. Et je veux désormais aider ces personnes. »