Disparition du journaliste Khashoggi: Après les aveux saoudiens, des zones d'ombre demeurent

ENQUETE La version saoudienne peine à convaincre la communauté internationale...

20 Minutes avec AFP
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Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2015.
Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2015. — Hasan Jamali/AP/SIPA

Que s'est-il vraiment passé ? Après les aveux de l’Arabie saoudite sur la mort du journaliste Jamal Khashoggi, tué au consulat du royaume à Istanbul, de nombreuses zones d’ombre demeurent et les Occidentaux ont réclamé davantage d’explications sur une version saoudienne jugée incomplète de cette affaire au retentissement international.

Après la disparition le 2 octobre de Jamal Khashoggi, les autorités saoudiennes ont admis samedi ce que tout le monde redoutait : ce journaliste saoudien, critique du pouvoir saoudien et exilé aux Etats-Unis, a bien été tué dans le consulat de son pays à Istanbul.

La version de la rixe jugée peu crédible

La confirmation de sa mort est venue, via l’agence de presse officielle SPA. « Les discussions entre lui et les personnes qui l’ont reçu au consulat ont débouché sur une bagarre et sur une rixe à coups de poing, ce qui a conduit à sa mort », a dit le procureur général Saoud al-Mojeb sans préciser où se trouvait son corps.

Le ministère saoudien de l’Information a affirmé que les personnes qui avaient interrogé Jamal Khashoggi, 59 ans au moment des faits, avaient cherché à « dissimuler ce qui est arrivé », sans fournir d’autres précisions.

Mais ces explications sont loin de satisfaire tous les pays qui se disaient préoccupés par le sort du journaliste, alors que des responsables turcs n’ont cessé d’affirmer que Khashoggi avait été torturé et sauvagement assassiné par des agents saoudiens venus spécialement de Ryad. Selon des journaux turcs, le corps du journaliste qui collaborait avec le Washington Post, aurait ensuite été démembré.

Dix-huit suspects interpellés

Le numéro deux du Renseignement saoudien, le général Ahmed al-Assiri, et trois autres officiers de ces services ont été limogés, de même qu’un conseiller « médias » à la cour royale, Saoud al-Qahtani, selon Ryad. Dix-huit suspects, tous Saoudiens, ont été interpellés.

Avant de reconnaître la mort du journaliste, les autorités saoudiennes avaient pendant plus de deux semaines démenti la mort de Khashoggi, affirmant qu’il était entré au consulat et en était ressorti peu après.

Certains analystes occidentaux ont vu dans ces limogeages et arrestations une tentative de désigner des boucs émissaires et d’épargner le prince héritier Mohammed ben Salmane, considéré comme l’homme fort du royaume, qui considérait Jamal Khashoggi comme sa « bête noire ».

La communauté internationale sceptique... sauf les Etats-Unis

D’ailleurs, le Canada a jugé « ni crédibles ni cohérentes » les explications de Ryad sur cette affaire qui a suscité une onde de choc mondiale et terni l’image de Ryad. L’Allemagne les a trouvées « insuffisantes », la France a déclaré que « de nombreuses questions restent sans réponses » et l’Union européenne a demandé une enquête « approfondie » et « transparente ».

Allié des Saoudiens, le président américain Donald Trump avait dans un premier temps jugé crédibles les explications saoudiennes avant d’estimer qu’elles étaient trop courtes. « C’était un gros premier pas », mais « je veux obtenir la réponse », a-t-il affirmé sans préciser la nature de la « réponse » attendue.

Il a néanmoins de nouveau refusé de remettre en cause des méga-contrats, notamment militaires, avec l’Arabie saoudite, qui selon lui sont susceptibles de générer des centaines de milliers d’emplois aux Etats-Unis.

Nouvelles révélations accablantes de la presse turque

Les demandes occidentales de plus d’explications sont intervenues alors que la presse turque a publié ces derniers jours de nouvelles révélations accablantes pour les Saoudiens. Les enquêteurs turcs ont poursuivi leurs investigations, fouillant une vaste forêt proche d’Istanbul. Et Ankara a déclaré s’apprêter à « tout » révéler sur le sort du journaliste, sans préciser quand.

Outre une crise de crédibilité, le scandale international provoqué par la disparition de Khashoggi a alimenté des spéculations selon lesquelles le prince héritier, risquait d’être délogé du pouvoir par des membres de la famille royale irrités par ses « abus ».

Mais, parmi les décrets de samedi, son père, le roi Salmane, a annoncé la formation d’une commission ministérielle, dirigée par le prince héritier pour réorganiser les services de renseignement, montrant t ainsi son intention de le garder à sa place à ce stade.