Disparition de Jamal Khashoggi: Trump réticent à sanctionner Ryad, la France réclame une «enquête exhaustive»

ENQUETE Paris note que « de nombreuses questions restent toutefois sans réponse » dans la disparition du journaliste saoudien, condamnant « ce meurtre avec la plus grande fermeté »...

M.C. avec AFP

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Sherine Tadros, head of New York (UN) Office of Amnesty International, speaks during a news conference at the United Nations on October 18, 2018. - Members from Human Rights Watch, Amnesty International, The Committee to Protect Journalists and Reporters Without Border make an appeal regarding the disappearance of Saudi journalist Jamal Khashoggi.
Sherine Tadros, head of New York (UN) Office of Amnesty International, speaks during a news conference at the United Nations on October 18, 2018. - Members from Human Rights Watch, Amnesty International, The Committee to Protect Journalists and Reporters Without Border make an appeal regarding the disappearance of Saudi journalist Jamal Khashoggi. — TIMOTHY A. CLARY/AFP

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a déclaré samedi que les explications données par Ryad sur la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi ne répondaient pas à toutes les questions et réclamé une « enquête exhaustive et diligente ». Saluant « un premier pas vers l’établissement de la vérité », il a relevé que « de nombreuses questions restent toutefois sans réponse », condamnant « ce meurtre avec la plus grande fermeté ».

L’Arabie saoudite a admis samedi, 17 jours après la disparition de Jamal Khashoggi, que le journaliste saoudien avait été tué à l’intérieur du consulat du royaume à Istanbul, sans toutefois révéler d’informations permettant de localiser son corps. Estimant que beaucoup de questions restaient sans réponse, Bruxelles, Berlin, Londres et l’ONU, mais aussi des ONG, ont appelé avec Paris à une enquête approfondie permettant de faire toute la lumière sur cette affaire qui a suscité une onde de choc mondiale et terni l’image de Ryad.

Dans le même temps, les enquêteurs turcs ont poursuivi leurs investigations, fouillant notamment une vaste forêt proche d’Istanbul, et Ankara a annoncé qu’elle allait « tout » révéler sur le sort du journaliste.

« Une rixe à coups de poing (…) qui a conduit à sa mort »

La confirmation de sa mort a été relayée peu avant l’aube par l’agence de presse officielle saoudienne SPA, qui a évoqué, citant le parquet, une « rixe » au consulat du royaume à Istanbul. « Les discussions qui ont eu lieu entre lui et les personnes qui l’ont reçu au consulat ont débouché sur une bagarre et sur une rixe à coups de poing (…), ce qui a conduit à sa mort », a indiqué dans un communiqué le procureur général Saoud al-Mojeb. Il n’a pas précisé où se trouvait le corps de Jamal Khashoggi.

Deux hauts responsables ont été limogés et 18 suspects ont été arrêtés, tous Saoudiens, a précisé le parquet. Jusqu’ici, Ryad affirmait que Jamal Khashoggi, qui était entré le 2 octobre au consulat d’Istanbul pour des démarches administratives, en était ressorti, qualifiant de « sans fondement » des accusations de responsables turcs selon lesquelles le journaliste avait été tué au consulat.

 

« Pas constructif d’annuler une commande comme celle-là »

En confirmant la mort de Jamal Khashoggi, l’Arabie saoudite, dont l’image a terriblement souffert, a annoncé la destitution d’un haut responsable du renseignement, le général Ahmed al-Assiri, et celle d’un important conseiller à la cour royale, Saoud al-Qahtani, deux proches collaborateurs du jeune et puissant prince héritier Mohammed ben Salmane. Critique envers « MBS », Jamal Khashoggi vivait en exil depuis 2017 aux États-Unis où il collaborait notamment avec le Washington Post.

À un journaliste qui demandait au président américain Donald Trump, grand allié de l’Arabie saoudite, s’il jugeait « crédible » la version annoncée par Ryad samedi, ce dernier a répondu : « Oui, oui ». « Encore une fois, il est tôt, nous n’avons pas fini notre évaluation, ou enquête, mais je pense qu’il s’agit d’un pas très important », a-t-il affirmé.

Mais Donald Trump a maintenu que les États-Unis devaient continuer à fournir l’Arabie saoudite en armement. « Nous avons 450 milliards de dollars [de contrats], dont 110 milliards de commandes militaires, du matériel et d’autres choses commandées par l’Arabie saoudite (…) Ce n’est pas constructif pour nous d’annuler une commande comme celle-là (…) Cela nous fait beaucoup plus de mal qu’à eux », a-t-il dit à la presse.