Pourquoi Meng Hongwei, l'ex-patron d'Interpol, est-il visé par une enquête en Chine?

CHINE L’ex-patron chinois d’Interpol a « accepté des pots-de-vin », a annoncé Pékin ce lundi, quelques heures après la démission subite du chef de l’organisation policière mondiale…

T.L.G.

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Meng Hongwei photographié en 2017 à l'occasion d'une conférence à Singapour.
Meng Hongwei photographié en 2017 à l'occasion d'une conférence à Singapour. — ROSLAN RAHMAN / AFP
  • L'ex-patron chinois d'Interpol avait disparu depuis son arrivée en Chine en septembre.
  • Meng Hongwei est visé par une enquête pour corruption dans son pays.

La mystérieuse disparition du patron d'Interpol a pris fin. Pékin a annoncé ce lundi que Meng Hongwei faisait l'objet d'une enquête dans son pays. Le vice-ministre de la Sécurité publique (police) a « accepté des pots-de-vin », ont annoncé les autorités chinoises, quelques heures après la démission du chef de l’organisation policière mondiale. 20 Minutes revient sur cette affaire opaque.

Qui est Meng Hongwei ?

Diplômé en droit de la prestigieuse Université de Pékin, Meng Hongmei est membre du Parti communiste chinois au pouvoir. En 2004, il est nommé vice-ministre de la Sécurité publique (police). Il a eu la charge de plusieurs dossiers sensibles, notamment les services antiterroristes et la réponse à la violence dans la région du Xinjiang (nord-ouest) à majorité musulmane.

« C’est un apparatchik, produit de l’appareil policier chinois. A l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir en 2013, on lui confie la police maritime, un rôle très important puisqu’il dirige les garde-côtes en mer de Chine orientale [à l’appui des revendications territoriales de Pékin face au Japon]. Il avait un certain poids, et le fait qu’on le propose à Interpol montre qu’il avait alors la confiance du régime », assure Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’Iris et spécialiste de la Chine. Sa nomination à la tête d’Interpol en novembre 2016 avait suscité l’inquiétude des organisations de défense des droits de l’homme. Ces derniers redoutaient qu’il puisse mettre la main sur des dissidents chinois installés à l’étranger.

Quand a-t-il été interpellé ?

Le 25 septembre, Meng Hongwei rentre en Chine. Le patron d’Interpol envoie un premier message à sa femme, restée à Lyon (où siège Interpol) : « Attends mon appel », puis un second, un simple emoji d’un couteau. Sans autre nouvelle de son mari, Grace Meng estime qu’il est en situation de danger. Elle fait part de cette « disparition inquiétante » à la police française, qui ouvre une enquête vendredi dernier. Meng Hongwei aurait été « emmené » par les autorités « dès son atterrissage » dans son pays, affirme le quotidien de Hong Kong South China Morning Post.

Lundi, dans la nuit, quelques heures après la démission du chef de l’organisation policière mondiale, la Chine met fin au suspense : les autorités annoncent le lancement d’une enquête contre l’ancien super-flic de 64 ans.

Que reproche Pékin à Meng Hongwei ?

Meng Hongwei « a accepté des pots-de-vin et est soupçonné d’avoir violé la loi », a annoncé dans un communiqué le ministère de la Sécurité publique, sans fournir de précisions sur ces accusations. « Les disparitions de ce genre sont un grand classique du régime. D’habitude, ils ne communiquent même pas dessus », rappelle Jean-Vincent Brisset. Plusieurs responsables politiques, magnats ou même stars de ciné se sont ainsi « évanouis » pendant des semaines ou des mois.

Dans le cadre d’une campagne anti-corruption lancée par le président chinois, 1,5 million de responsables auraient ainsi été poursuivis, selon des chiffres officiels. En mars dernier, le pays s’est doté d’un nouvel organe extra-judiciaire, la « Commission nationale de supervision » (CNS), pour élargir à toute la fonction publique la chasse aux corrompus. Les opposants au régime dénoncent eux une répression politique. « Les chiffres, donnés par le régime ou les opposants ne sont pas sérieux. Tout est très opaque. Ce qui est certain, c’est que le régime utilise cette campagne anti-corruption, qui plaît beaucoup aux Chinois, pour éliminer des opposants », indique le chercheur.

Sa chute illustre la montée en puissance de la machine Xi, à l’orée de son second mandat, démarré cette année, installant des hommes, et de nouvelles structures à sa main. Meng Hongwei pourrait ainsi payer son ancienne proximité avec Zhou Yongkang. L’ancien patron de l’appareil sécuritaire chinois et rival de Xi Jinping purge actuellement une peine de prison à perpétuité pour corruption, abus de pouvoir et divulgation de « secrets d’Etat ». Europe 1 révèle des liens «très étroits» entre le dirigeant chinois et « la société Meiya Pico, une grande entreprise chinoise spécialiste de la cybersécurité », qui aurait inquiété jusqu’au sein même d’Interpol.