Brésil: Face à Jair Bolsonaro, les femmes mobilisées et divisées

MANIFESTATIONS Les Brésiliennes sont descendues pour manifester dans la rue ce week-end à Rio de Janeiro... 

A Rio de Janeiro, Corentin Chauvel et Nicolas Coisplet

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Les Brésiliennes ont manifesté contre Jair Bolsonaro à Rio de Janeiro ce samedi 29 septembre.
Les Brésiliennes ont manifesté contre Jair Bolsonaro à Rio de Janeiro ce samedi 29 septembre. — Nicolas Coisplet et Corentin Chauvel / 20 Minutes

« Je l’ai déjà dit, je vais le répéter, Bolsonaro va chuter à l’élection ! » Samedi 29 septembre, dans les rues du centre de Rio Janeiro, ce chant résonne partout, accompagné de « Ele não » (« Pas lui »). Ses interprètes ? Des Brésiliennes, qui dans la cidade maravilhosa comme dans toutes les grandes villes du pays, ont répondu à l’appel du mouvement des « Femmes contre Bolsonaro ». Objectif de cette mobilisation suivie en masse : dire non au candidat d’extrême droite à la présidentielle.

Jair Bolsonaro est rejeté par 50 % des votantes

En tête des sondages pour le premier tour, Jair Bolsonaro est le candidat dont la popularité est la plus disparate entre hommes et femmes : dans les sondages, près de 50 % des femmes déclarent ne vouloir voter pour lui à aucun prix, contre 33 % des hommes. Mais au premier tour, Jair Bolsonaro recueillerait 21 % du vote des femmes. Un point de moins seulement que Fernando Haddad, candidat du Parti des travailleurs qui devrait être son adversaire au second tour.

Pour Renata, avocate de 35 ans venue manifester avec des amies, l’ancien militaire représente tout ce qu’elle déteste. « J’ai peur qu’il soit élu, il est déséquilibré et imprévisible », indique-t-elle, heureuse de montrer un autre visage de son pays : « Le Brésil est très réactionnaire, machiste et homophobe, ce n’est pas facile de faire changer d’avis les gens et notamment les femmes qui veulent voter pour Jair Bolsonaro, mais notre espoir est que les choses puissent toujours changer. »

Jair Bolsonaro, le candidat « dont le Brésil a besoin »

Au même moment, sur la plage de Copacabana, les partisans du candidat ont eux aussi appelé à une mobilisation féminine, au cri de « Ele sim, Ele sim, Ele sim (Lui oui, lui oui, lui oui) ». Elles sont bien moins nombreuses que dans le centre-ville, mais elles sont quelques centaines à être venues, seules ou en famille, clamer bruyamment leur soutien au candidat.

Parmi elles, Raissa 29 ans, qui a fait le déplacement avec ses deux sœurs depuis Barra da Tijuca, le quartier résidentiel où était installé le village olympique en 2016. « La manif des femmes contre Bolsonaro ? On est en démocratie, les gens peuvent exprimer une opinion différente, concède-t-elle. Mais pourquoi être contre lui ? Il est pour la méritocratie, pour que le pays soit dirigé par des gens compétents et pas corrompus. Ça serait mal pour le Brésil ? »

Les Brésiliennes manifestent en faveur du candidat Jair Bolsonaro.
Les Brésiliennes manifestent en faveur du candidat Jair Bolsonaro. - Nicolas Coisplet et Corentin Chauvel / 20 Minutes

Sur le podium où des militants bolsonaristes haranguent la foule, on dénonce tout projet de dépénalisation de l’avortement, on s’en prend aux médias, on critique la gauche qui voudrait faire du Brésil un nouveau Venezuela, et on dénonce par avance de supposées fraudes électorales qui empêcheraient Jair Bosonaro de remporter l’élection. Aurea, enseignante retraitée de 75 ans, écoute avec attention. Jair Bolsonaro est-il raciste, mysogyne, homophobe ? « Il parle souvent trop vite et c’est quelque chose qu’il faudra qu’il change s’il est élu président, rétorque-elle. Mais il dit ce qu’il pense, il est patriote, religieux, il attache de l’importance à la famille. C’est ce dont le Brésil a besoin ».

Les Brésiliennes ont manifesté en faveur du candidat Jair Bolsonaro sur la plage de Copacabana à Rio de Janeir.
Les Brésiliennes ont manifesté en faveur du candidat Jair Bolsonaro sur la plage de Copacabana à Rio de Janeir. - Nicolas Coisplet et Corentin Chauvel / 20 Minutes

A la manifestation des femmes contre Bolsonaro, dans le centre de Rio, on cherche à expliquer pourquoi des Brésiliennes pourraient avoir envie de voter pour lui. Pour Maira, étudiante en psychologie de 24 ans, « le machisme n’est pas que masculin, des femmes reproduisent également ce modèle en fonction de l’éducation qu’elles ont reçue, de leur cadre de vie, pensant qu’elles n’ont pas besoin du féminisme ».

Et d’espérer que qu’« un débat va s’ouvrir au Brésil » car, selon nos témoins, aucun dialogue n’est possible actuellement avec le camp Bolsonaro, et ils en connaissant tous parmi leurs proches ou amis. Pour Vinicius Davi, étudiant de 28 ans qui manifestait dans le centre, « ils sont aliénés, on dirait des supporters de football qui ne soutiennent que l’équipe qui gagne. » Coup d’envoi avec le premier tour des élections dans une semaine, le dimanche 7 octobre.