Non, la militante saoudienne Samar Badawi n’a pas été décapitée

FAKE OFF La militante saoudienne Samar Badawi, connue pour son combat en faveur des femmes de son pays, a bien été arrêtée fin juillet, mais elle n'a pas été exécutée par le régime...

Alexis Orsini

— 

La publication Facebook annonçant à tort l'exécution de la militante saoudienne Samar Badawi.
La publication Facebook annonçant à tort l'exécution de la militante saoudienne Samar Badawi. — capture d'écran
  • Fin juillet, la militante Samar Badawi a été arrêtée par les autorités saoudiennes. Des ONG réclament depuis sa libération.
  • Une rumeur qui circule ces derniers jours affirme qu'elle aurait été exécutée par le régime.
  • Une intox, démentie notamment par l'ONG Human Rights Watch, qui revient pour 20 Minutes sur l'origine de cette fausse rumeur. 

Depuis son arrestation, fin juillet, par les autorités saoudiennes, le sort de Samar Badawi inquiète nombre d’ONG qui soutiennent cette militante engagée en faveur des droits des femmes dans son pays natal. Et à en croire une rumeur virale sur les réseaux sociaux ces derniers jours, leurs pires craintes se seraient réalisées au sujet de l’activiste récompensée, en 2012, du Prix international du courage féminin par le département d’État américain.

« Aujourd'hui, en Arabie Saoudite, Samar Badawi, l'activiste pour les droits de la femme, a été décapité[e] en public. Le silence absolu des médias tant internationaux que nationaux a été assourdissant », avance ainsi une publication Facebook du 21 septembre partagée plus de 8.000 fois et illustrée d’une photo de la militante datant de 2012.

Ce « silence » trouve une explication toute simple : Samar Badawi – sœur du blogueur Raef Badawi, emprisonné en Arabie saoudite depuis plusieurs années et condamné à 1.000 coups de fouet – est toujours en captivité, et son exécution n’est pas prévue à ce jour.

FAKE OFF

Contacté par 20 Minutes, Adam Coogle, membre de l’ONG Human Rights Watch basé à Amman (Jordanie), nous indique : « Cette information est fausse. […] Samar est détenue dans la prison de Dhahban, au nord de Djeddah – j’ignore si elle a reçu l’autorisation de contacter sa famille à ce stade. »

La Fondation Raif Badawi pour la liberté nous confirme pour sa part : « Les rumeurs circulant sur la décapitation de la sœur de Raef sont fausses. Elle est toujours en captivité. » L’arrestation de Samar Badawi avait d’ailleurs donné lieu à une crise diplomatique entre l’Arabie saoudite et le Canada, critique de cette décision.

Selon Adam Coogle, cette fausse rumeur trouve sa source dans une précédente intox concernant une autre militante saoudienne des droits de l’homme, Israa al-Ghomgham : « Elle a pour origine, sur les réseaux sociaux, un mélange entre trois affaires différentes : l’arrestation de Samar Badawi, la peine de mort requise par le procureur contre l’activiste Israa al-Ghomgham [une première contre une militante], et l’enregistrement vidéo de la décapitation d’une femme birmane en 2015. »

En août, Fake Off revenait en effet sur la fausse rumeur entourant cette militante saoudienne, associée à tort à une vidéo de décapitation bien réelle (d’une Birmane) – et à la photo de Samar Badawi.

« Elle risque entre 5 et 20 ans de prison »

Il est en outre encore trop tôt pour savoir quelle peine encourt Samar Badawi, comme l’explique Adam Coogle : « Si son dossier suit la procédure habituelle en Arabie saoudite, elle sera détenue pendant plusieurs mois, puis inculpée et jugée par un tribunal criminel spécial. Elle risque probablement une peine de prison comprise entre 5 et 20 ans. »

Mais pour Alexandra Pomeon, responsable de l’Observatoire pour la protection des des défenseurs des droits de l’homme au sein de la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’homme), le flou subsiste sur les peines encourues par Samar Badawi : « Le risque de décapitation existe car la peine de mort fait partie des peines liées à la sécurité de l’Etat, un motif invoqué régulièrement contre les défenseurs des droits humains. Si elle n’a encore jamais été appliquée à une militante, elle a été requise contre Israa al-Ghomgham, dont la prochaine audience aura lieu le 28 octobre. »

Pour la spécialiste, le durcissement récent du régime saoudien à l’encontre de ces personnalités a donc de quoi inquiéter, même si la notoriété de la militante représente un atout : « On ne sait pas dans quelle direction le régime va s’orienter. Samar Badawi a été plus discrète ces derniers mois car elle avait interdiction de parler à la presse, aux organisations internationales et de quitter le territoire, mais elle reste extrêmement connue. »

>> Vous souhaitez que l’équipe de la rubrique Fake off vérifie une info ? Envoyez un mail à l’adresse fakeoff@20minutes.fr.

20 Minutes est partenaire de Facebook pour lutter contre la  désinformation. Grâce à ce dispositif, les utilisateurs du réseau social peuvent signaler une information qui leur paraît fausse.