Sur les chemins de la république

Armelle Le Goff - ©2008 20 minutes

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Près de deux cent quarante années de règne et seulement quinze jours pour emballer ses affaires et quitter son gigantesque palais de Katmandou. Les Népalais n'ont pas tardé à enterrer l'ancien régime, aboli mercredi. L'effigie du roi Gyanendra a déjà quitté billets de banque et lieux publics. Le projet de transformer ses appartements en musée est sur les rails. Et, mercredi soir, c'est sous les acclamations de la foule que le Népal, dernière monarchie hindouiste du monde, est devenu officiellement « un Etat indépendant, indivisible, souverain, laïque et une république démocratique ». Un changement radical qui pourrait s'avérer source de déséquilibres.

Comment en est-on arrivé là ? « En grande partie du fait de l'incurie de l'ancien régime, selon Olivier Guillard, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques. Il y a six ans, les Népalais auraient préféré mourir que de se séparer de leur roi, Birendra. » Depuis son accession au pouvoir, en 2001 ? après que le prince héritier Dipendra eut tué neuf membres de sa famille, dont son père, le souverain Birendra ?, le roi Gyanendra a accumulé les bourdes. En février 2005, lorsqu'il s'octroie les pleins pouvoirs, son impopularité atteint des sommets. Pour le contrer, les principaux partis politiques décident de s'allier avec leurs ennemis, les maoïstes, qui, depuis 1996, mènent une lutte armée pour l'abolition de la monarchie. Le 21 novembre 2006, ils signent un accord de paix. Le pays tourne la page de dix ans de guerre civile qui ont fait 13 000 morts et se dote d'un nouvel horizon : l'avènement prochain d'une république fédérale. « C'est cette perspective, porteuse d'un peu espoir dans ce pays très pauvre, qui explique les scores extraordinaires des maoïstes aux dernières législatives », explique Olivier Guillard.

Mais, pour le chercheur, cette nouvelle situation, qui voit la guérilla accéder au statut de première force politique et le pays basculer d'une monarchie religieuse à une république laïque « est surtout porteuse d'incertitudes ». « Il y a deux sources de tensions : la réaction des partisans du roi et les risques d'éclatement au sein du parti maoïste entre les légalistes, parmi lesquels le leader Prachanda (?le Féroce?), et les jusqu'au-boutistes », pointe Raphaël Gutmann, chercheur à l'Institut français de relations internationales. Le Népal vit des heures historiques mais aussi difficiles.