Allemagne: Le chef du renseignement renvoyé à cause de ses liens avec l’extrême droite

OUTRE-RHIN Il a notamment tenté de cacher certains actes commis lors des manifestations de l’extrême droite à Chemnitz…

20 Minutes avec AFP
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Hans-Georg Maassen a été limogé.
Hans-Georg Maassen a été limogé. — Bernd von Jutrczenka/AP/SIPA

Féru d’ordre, le chef du renseignement intérieur allemand Hans-Georg Maassen, contraint mardi à la démission, a surtout semé le chaos jusqu’au sein du gouvernement et le trouble sur ses liens avec l’extrême droite. « Les fonctions de président de l’Office de protection de la Constitution vont être réattribuées. M. Maassen sera à l’avenir secrétaire d’Etat au ministère de l’Intérieur », a annoncé le gouvernement dans un communiqué laconique.

Fasciné par l’Extrême-Orient, marié à une Japonaise, ce juriste d’aujourd’hui 55 ans aura fini par tomber après avoir mis en doute dans le journal le plus lu d’Allemagne, Bild, l’authenticité d’une vidéo, largement diffusée par les grands médias. Et ce sans pouvoir apporter de preuves. On pouvait y voir des hooligans s’en prendre à des étrangers au cours d’une manifestation d’extrême droite à Chemnitz, des images qui ont choqué l’Allemagne. Ses déclarations ont été la goutte de trop, notamment pour le parti social-démocrate qui a réclamé la tête de cet homme déjà très critiqué pour ses relations présumées avec l’extrême droite.

Appelé en 2012

Appelé en 2012 à la tête des services secrets intérieurs, Hans-Georg Maassen doit redorer le blason d’une agence discréditée pour ses négligences dans l’affaire du groupuscule néonazi meurtrier (NSU). Il dit alors se sentir « comme le directeur de la construction urbaine, après la deuxième Guerre mondiale, de Cologne », dont il ne restait que des ruines, rappelle le journal. Il entreprend la modernisation de l’Office fédéral de protection de la Constitution, dont le siège se trouve dans cette ville de l’ouest. La lutte contre le cyber-terrorisme devient une priorité.

Et il aime aussi s’inviter dans la vie politique, n’hésitant pas à donner son avis et à lancer des avertissements. L’ombre n’est pas pour lui, il apprécie la lumière médiatique. En 2015, celui qui dans une thèse de doctorat en 1997 mettait déjà en garde contre une immigration incontrôlée, se pose en détracteur de la politique d’Angela Merkel, qui ouvre l’Allemagne à des centaines de milliers de migrants.

Discussions avec les membres de l’extrême droite

Hans-Georg Maassen parle de risques d’attentats, fait état de 1.900 individus soupçonnés de liens avec la mouvance jihadiste. En décembre 2016, le Tunisien Anis Amri, un demandeur d’asile débouté mais qui avait disparu des radars des autorités, tue 12 personnes dans une attaque au camion bélier à Berlin. Ses services sont alors de nouveau soupçonnés de négligence. Selon plusieurs médias, Hans-Georg Maassen a menti en prétendant que l’agence n’avait pas d’agents doubles dans les cercles proches d’Anis Amri, alors que l’un d’eux fréquentait la même mosquée que le Tunisien.

Ses rencontres avec des responsables de l’Alternative pour l’Allemagne (le parti d’extrême droite AfD) révélées dans un livre d’une ancienne militante du parti fin juillet, dérangent aussi. Hans-Georg Maassen a formellement démenti ces informations et a récemment affirmé n’avoir eu que cinq discussions avec des membres de l’AfD depuis qu’il a pris ses fonctions contre 237 avec des responsables d’autres partis.