Etats-Unis: Beto O'Rourke, le candidat le plus cool depuis Barack Obama?

POLITIQUE Au Texas, ce démocrate qui monte suscite l’enthousiasme et talonne le républicain Ted Cruz…

Philippe Berry

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Le candidat démocrate Beto O'Rourke en campagne à Fort Worth, au Texas, le 12 juin 2018.
Le candidat démocrate Beto O'Rourke en campagne à Fort Worth, au Texas, le 12 juin 2018. — Richard W. Rodriguez/AP/SIPA

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Il a 45 ans mais en parait dix de moins. Il a joué dans un groupe de punk, chanté avec Willie Nelson et se débrouille sur un skateboard. Surtout, Beto O’Rourke donne des sueurs froides au républicain Ted Cruz dans la sénatoriale du Texas, suscitant un engouement qu’on n’avait pas vu depuis un certain Barack Obama.

A deux mois du scrutin de novembre, Beto O’Rourke pointe à 3,2 points du sortant Ted Cruz, selon la moyenne des sondages de RealClearPolitics. Le républicain reste le favori, mais dans un bastion conservateur qu’il avait remporté avec 16 points d’écart en 2012, la « Beto mania » commence à l’inquiéter. A tel point que la cavalerie arrive, avec des dollars envoyés par le parti républicain. Et Donald Trump en personne fera campagne en octobre dans « le plus grand stade disponible » pour galvaniser les électeurs en faveur de son ennemi juré des primaires.

Beto mania

Le candidat démocrate s’appelle en fait Robert O’Rourke. Il n’est pas hispanique, ce que la campagne de Ted Cruz, un fils d’émigré cubain, a maintes fois rappelé – accusant son opposant de chercher à tromper l’électorat latino. Le démocrate a riposté, expliquant qu’il s’agissait d’un surnom classique pour « Robert » dans sa ville natale d’El Paso, à la frontière mexicaine, qu’il a depuis tout petit, photo à l’appui.

La campagne de Ted Cruz a ensuite tenté de le discréditer, en ressortant quelques photos dossier, notamment de son arrestation pour conduite en état d’ivresse quand il avait 26 ans.

L’opération s’est retournée contre le républicain, car O’Rourke n’a jamais caché cet incident, et de nombreux internautes ont jugé l’attaque en dessous de la ceinture. Cruz a doublé la mise en déterrant un cliché du passé punk de son concurrent. Il n’a fait que le rendre plus cool : Beto O’Rourke a joué dans le groupe hardcore Foss, avec le futur chanteur d’At The Drive-In, Cedric Bixler-Zavala (O’Rourke est à gauche sur la photo). Ted Cruz, lui, a été mime au lycée.

Plus récemment, Beto s’est produit sur scène avec le chanteur country Willie Nelson, qui va bientôt organiser un concert pour le soutenir. Et l’ancien capitaine de l’équipe d’aviron de l’université Columbia a montré ses talents de skateur sur le parking d’un fast-food.

Son moment « take a knee »

Sur la forme, le candidat démocrate peut donc compter sur une belle gueule et un sourire amical. Quid du fond ? Après quelques années dans les télécoms, il se lance dans la politique en 2005 et se fait élire au conseil municipal d’El Paso. En 2012, il passe à l’échelon national et siège à la Chambre des représentants (l’équivalent de l’Assemblée nationale) avec un programme de centre gauche. Il est facilement réélu en 2014 et 2016, avec près de deux tiers des voix, en s’appuyant sur des petites contributions de campagne.

Aujourd’hui, il défie le vétéran Ted Cruz au Sénat, et la mission semble presque impossible : cela fait près de 30 ans qu’un démocrate ne s’est pas imposé au Texas. Mais depuis cet été, « Beto » monte et Cruz baisse – un dernier sondage réalisé fin août ne donne même qu’un point d’avance au républicain.

O’Rourke s’est surtout fait remarquer avec une réponse très humaine à une question polarisante sur les joueurs NFL qui s’agenouillent pendant l’hymne pour protester contre le racisme et les violences policières. La séquence, dans laquelle il apparaît moins scripté et plus authentique que Barack Obama à ses débuts, est devenue virale (la vidéo a été vue 19 millions de fois), bien aidée par le tweet admiratif de LeBron James et un passage chez Ellen DeGeneres.

Beto O’Rourke ne battra sans doute pas Ted Cruz le 6 novembre prochain. Mais s’il ne termine pas loin derrière, certains observateurs lui promettent un avenir radieux et misent sur une candidature à la présidentielle de 2020. L’ancien directeur de campagne de John McCain, Steve Schmidt, lui trouve « un air de Robert F. Kennedy ». On a fait pire.