Des gens après une marche de deuil à Koethen, dans l’est de l’Allemagne, le 9 septembre 2018. Odd ANDERSEN / AFP)
Des gens après une marche de deuil à Koethen, dans l’est de l’Allemagne, le 9 septembre 2018. Odd ANDERSEN / AFP) — AFP

TENSIONS

Manifestations à Köthen et Chemnitz: Assiste-t-on à une recrudescence de l'extrême droite en Allemagne?

Après Chemnitz, l’extrême droite exploite un nouveau drame qui impliquerait des migrants à Köthen…

  • Deux faits divers dans lesquels seraient impliqués des migrants ont entraîné des manifestations auxquelles ont participé des militants d’extrême droite.
  • Chaque fait divers de ce type est utilisé par ces derniers pour dénoncer la politique migratoire d’Angela Merkel.
  • Des évènements qui pourraient encore faire progresser l’AFD aux prochaines élections.

L’inquiétude monte en Allemagne. Des slogans nazis ont été proférés dimanche lors d’une manifestation à Köthen (Saxe-Anhalt) en réaction à la mort violente d’un jeune homme lors d’une bagarre dans laquelle seraient impliqués deux Afghans. Selon les premiers éléments de l’enquête, la victime, atteinte d’une maladie du cœur, serait décédée d’un arrêt cardiaque, et non des coups reçus. Thèse à laquelle ne croient pas les manifestants d’extrême droite qui ont crié « Résistance ! Résistance ! » pour dénoncer les demandeurs d’asile, responsables à leurs yeux d’une hausse de la criminalité.

Ce drame est intervenu deux semaines après la mort d’un Allemand à Chemnitz (Saxe), la police soupçonnant plusieurs demandeurs d’asile Irakiens et syrien de l’avoir tué. L’extrême droite allemande s’est déjà saisie de cet homicide pour organiser plusieurs manifestations dans la ville. Et la mobilisation autour de ces deux faits divers inquiète : « C’est le début d’une spirale. A chaque fois qu’il y aura un incident avec des victimes allemandes, le radicalisme va augmenter », redoute Patrick Moreau, politologue, spécialiste de l’extrême droite allemande. D’autant que l’organisation d’une manifestation d’ampleur est chose facile, comme le souligne Hélène Miard-Delacroix, spécialiste de l’Allemagne contemporaine et professeur à la Sorbonne : « De nombreux néonazis et des militants de l’AFD (l’Alternative pour l’Allemagne) s’étaient donné le mot sur les réseaux sociaux. A chaque fait divers, ils parlent de guerre raciale afin de transformer les marches blanches en démonstration de force pour laisser croire que la rue est à eux. Et ils veulent clairement que cela dégénère », explique-t-elle.

Mauvaise passe politique pour Merkel

Un nouveau rassemblement doit se tenir lundi soir à Köthen. Les craintes de violences sont particulièrement élevées du côté des autorités locales car le frère de la victime est un sympathisant néonazi. « La police a été un peu débordée à Chemnitz. Mais à Köthen, les autorités ont tout de suite mobilisé des policiers pour éviter les débords. Des arrestations ont lieu et les services de renseignement font leur travail », observe Hélène Miard-Delacroix.

Reste que le contexte politique actuel est préoccupant, souligne Patrick Moreau : « L’AFD est en train de devenir le premier parti dans certains Bundesländer (États fédérés allemands) et l’on sait que tous les partis d’extrême droite ont plus d’adeptes que leur nombre officiel d’adhérents ». Les militants tentent de surfer sur l’hostilité d’une partie de la population allemande à la politique migratoire d’Angela Merkel pour dénoncer à chaque fait divers une hausse supposée de l’insécurité et de la délinquance depuis 2015. « C’est à l’Est que les réactions contre les migrants sont les plus vives et que le sentiment d’insécurité s’est installé de manière assez irrationnelle », observe Patrick Moreau. La chancelière doit aussi faire face à son ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer, qui est aussi le président du parti très conservateur CSU qui a pris le parti des manifestants d’extrême droite de Chemnitz : « La CSU étant en perte de vitesse, Horst Seehofer prend des positions de plus en plus radicales », observe Patrick Moreau.

Existe-t-il des chasses collectives anti-migrants ?

Un débat s’est aussi instauré en Allemagne autour d’éventuelles « chasses collectives » qui seraient menées contre des personnes d’appartenance étrangère. Angela Merkel a elle-même employé cette expression en évoquant des images montrant « très clairement la haine » et « une poursuite contre des personnes innocentes » à Chemnitz. Mais l’existence de « chasses » aux étrangers a été mise en cause par le patron du Renseignement intérieur allemand, Hans-Georg Maassen. Difficile dans ce contexte d’y voir clair, mais selon Hélène Miard-Delacroix. : « Il n’existe pas de lynchages, mais des agressions physiques et verbales. Comme l’attaque d’un restaurant juif fin août à Chemnitz ».

Difficile dans ce contexte pour Angela Merkel d’apaiser le climat : « seule la mobilisation des démocrates peut constituer un sursaut contre l’extrême droite. D’ailleurs, ils avaient manifesté à Chemnitz en criant "nous sommes les plus nombreux". Ce type de démonstration de force est essentielle », affirme Hélène Miard-Delacroix.

Les élections régionales en Bavière du 14 octobre constitueront un bon baromètre pour constater la progression ou non de l’AFD. Et les élections européennes de 2019 seront aussi un bon moyen de tâter le pouls de l’Allemagne, comme l’indique Patrick Moreau : « Dans tous les pays européens, cela risque fort d’être un vote pour ou contre la politique migratoire », prévient-il.

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