Australie: L'Eglise catholique s'engage à ne plus tolérer les abus pédophiles

RELIGION Les chefs de l'Eglise catholique australienne ont toutefois rejeté une demande de lever le secret de la confession pour permettre aux prêtres de dénoncer de tels abus...

20 Minutes avec AFP

— 

Illustration de prêtre donnant l'eucharistie
Illustration de prêtre donnant l'eucharistie — Olivier Morin / AFP

«Nous savons que seules les actions, pas les mots, peuvent rétablir la confiance. Et tant que la confiance n'aura pas été rétablie, toutes les excuses du monde ne pourront que manquer leur cible.» C'est en ces termes que l'archevêque Mark Coleridge a annoncé ce vendredi que les chefs de l'Eglise catholique australienne s'engageaient à ne plus jamais tolérer les abus pédophiles.

L'Eglise répond ainsi au rapport final de la commission d'enquête royale qui a travaillé pendant cinq ans sur les réponses institutionnelles aux crimes de pédophilie. Après une décennie de pressions, le gouvernement australien avait lancé la commission d'enquête en 2012. 

Plus de 15.000 personnes disant avoir été victimes d'abus pédophiles

Elle a rendu ses conclusions en décembre dernier après avoir été contactée par plus de 15.000 personnes disant avoir été victimes d'abus pédophiles impliquant l'Eglise, des orphelinats, des clubs de sport, des écoles ou des organisations de jeunesse.

Plus de 4.000 institutions ont été mises en cause [dont de nombreuses entités catholiques] dans ces témoignages souvent très éprouvants au cours d'auditions publiques ou à huis clos. Dans son rapport, la commission avait estimé que l'Australie avait «gravement manqué à ses devoirs» envers ses enfants pendant des décennies. Elle avait affirmé que 7% des religieux catholiques australiens avaient fait l'objet d'accusations d'abus sexuels sur des enfants entre 1950 et 2010 sans que les soupçons ne débouchent sur des investigations.

15% de prêtres soupçonnés de pédophilie

Les enfants dénonçant de tels abus étaient au mieux ignorés, au pire punis. Dans certains diocèses, la proportion atteignait 15% de prêtres soupçonnés de pédophilie. L'Ordre des Frères hospitaliers de Saint-Jean de Dieu était le pire, avec 40% de ses membres mis en cause.

« Beaucoup d'évêques n'ont pas écouté, n'ont pas cru et n'ont pas agi, a résumé le président de la Conférence des évêques catholiques australiens, l'archevêque Mark Coleridge. Ces échecs ont permis à certains auteurs de commettre leurs crimes encore et encore, avec des conséquences tragiques et parfois fatales. Les évêques et dirigeants d'ordres religieux s'engagent aujourd'hui: Plus jamais. »

« Nous ne pensons pas que l'abolition du secret renforcerait la sécurité des enfants »

Et la commission de faire quelques recommandations. Parmi elles, l'idée que les prêtres puissent rompre le secret de la confession pour dénoncer des abus pédophiles qui leur seraient révélés dans ce cadre. Mais cela empièterait sur la liberté religieuse et le secret du confessionnal est «non négociable», a déclaré l'archevêque Coleridge.

«Ce n'est pas parce que nous nous considérons comme au-dessus de la loi ou parce que nous ne considérons pas que la sécurité des enfants soit suprêmement importante, nous le pensons. Mais nous ne n'acceptons pas l'idée que la sécurité et le secret de la confession s'excluent mutuellement. Nous ne pensons pas que l'abolition du secret renforcerait la sécurité des enfants », a ajouté l'archevêque Coleridge.

>> A lire aussi : Cardinal Barbarin: Plus de 100.000 personnes ont signé la pétition pour réclamer sa démission

>> A lire aussi : Pédophilie: l'Église annonce des mesures pour faire toute «la lumière»

>> A lire aussi : Visite du pape François: Pédophilie, fosse commune... Les quatre scandales qui ont ébranlé l'Eglise catholique d'Irlande

La commission royale avait également recommandé que le célibat des prêtres puisse être observé sur la base du volontariat. Les catholiques australiens ont accepté à cet égard de demander les conseils d'experts en théologie en coordination avec le Saint-Siège.