Liban : les travaux d’Hercule du président

LIBAN Michel Sleimane a été élu président...

A Beyrouth, David Hury

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La vie reprenait jeudi dans le centre de Beyrouth, sinistré par la crise politique, au lendemain de l'accord conclu à Doha qui remet en marche les institutions du Liban et va permettre dès dimanche l'élection d'un nouveau chef de l'Etat.
La vie reprenait jeudi dans le centre de Beyrouth, sinistré par la crise politique, au lendemain de l'accord conclu à Doha qui remet en marche les institutions du Liban et va permettre dès dimanche l'élection d'un nouveau chef de l'Etat. — Patrick Baz AFP

Tous les mauvais feuilletons ont une fin, et celui de la présidentielle libanaise vient enfin d’accoucher de son épilogue. Le général Michel Sleimane, commandant en chef de l’armée libanaise, a été élu ce dimanche après-midi douzième président depuis l’indépendance du Liban en 1943.

Le pays attendait cela depuis six mois et, à l'annonce du vote des députés à 17h30, les Libanais ont laissé exploser leur joie, à coup de pétards et de tirs. «Maintenant que cette question est réglée, tout va aller mieux, s’enflamme Hoda, une mère de famille. Nous allons pouvoir reprendre une vie normale.» Comme elle, l’ensemble des Libanais – toutes tendances politiques ou confessionnelles confondues – ont besoin d’y croire. L’élection de Sleimane, incluse dans l’accord de Doha signé par la majorité et l’opposition parlementaires, est le point de départ d’une période que beaucoup désespéraient de voir arriver. Mais pour Sleimane, dont les portraits tapissent les murs de Beyrouth par milliers, les choses sérieuses vont commencer ce lundi.

Dossiers urgents

A 59 ans, le nouveau président a devant lui deux premiers dossiers, à régler le plus rapidement possible: la nomination de son Premier ministre – qui devrait être Saad Hariri, chef de file du plus important bloc parlementaire – puis celui de la formation du gouvernement d’union nationale, comme stipulé dans l’accord de Doha.

Et là, les affaires se corsent. Si l’équilibre numéraire est acquis (seize ministres pour la majorité, onze pour l’opposition et trois pour la présidence), les tractations s’annoncent ardues pour savoir quelle formation politique héritera des principaux ministères. Par exemple, Michel Aoun – allié du Hezbollah et ex-candidat à la présidence – se verrait bien attribuer les portefeuilles de la Justice et des Finances, deux places fortes que la majorité compte bien garder.

Sleimane, qui se veut l’homme de la réconciliation et qui jouit d’une aura de neutralité entre les deux camps, va devoir montrer un certain talent de négociateur. Car ensuite, il va devoir gérer l’épineux dossier de la prochaine loi électorale – celle qui encadrera les élections législatives de 2009.

«L'homme le mieux placé»

«Sleimane est l’homme le mieux placé pour sortir le Liban de la crise, note un diplomate européen. A la tête de l’armée, il a mis en pratique une politique sage et ordonnée, alors qu’il avait très peu de moyens à sa disposition. Espérons qu’il fasse de même à la tête de l’Etat.»

Patron de l’armée pendant dix ans – il avait été nommé commandant en chef sous la tutelle syrienne, Sleimane a conscience de la tache qui l’attend: réinstaurer la confiance dans le pays, politiquement et économiquement, tout en préservant la stabilité sécuritaire. Un triple défi aux allures de travaux d’Hercule.