VIDEO. Etats-Unis: Le respect va-t-il disparaître de la politique américaine avec John McCain?

ETATS-UNIS Selon un sondage de 2017, 68 % des Américains estiment qu’il y a moins de « politesse dans le débat politique »...

M.C. avec AFP

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Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 27 août 2018.
Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 27 août 2018. — Evan Vucci/AP/SIPA

Sous le feu des critiques après son silence et le drapeau relevé trop tôt, Donald Trump a finalement rendu hommage lundi à John McCain, figure de la politique américaine disparue samedi. Dans un contexte où la vie politique américaine a tendance à déraper dans les outrages et les attaques personnelles, le sénateur, à qui l’Amérique rend hommage cette semaine, incarnait une image de civilité et de respect de ses adversaires.

Un épisode de la campagne présidentielle de 2008 est resté dans les mémoires. Lors d’un meeting, une femme d’âge mûr dit au candidat républicain qu’elle ne peut pas faire confiance au démocrate Barack Obama car « c’est un Arabe ». « Non, madame », répond le sénateur de l’Arizona d’une voix grave, « c’est un père de famille respectable et un citoyen avec qui j’ai juste des désaccords sur des sujets fondamentaux ». Il se fait aussi huer en avouant son « admiration » pour son rival.

« Cet appel à la civilité, à mettre le pays avant le parti, ce sont des choses qu’il a enseignées très longtemps et qui n’ont jamais été aussi importantes depuis l’année qui vient de s’écouler », a assuré sur CNN l’autre sénateur de l’Arizona, Jeff Flake, en référence à l’élection de Donald Trump.

« La grande marque de civilité est la capacité à admettre que vous avez tort »

Le magnat de l’immobilier, qui prend plaisir à rabaisser ses détracteurs, n’est toutefois pas le seul responsable des invectives et des insultes, désormais ancrées dans la vie politique américaine. John McCain lui-même a cédé à la tentation. Il pouvait être brusque, recadrant un journaliste pour une « question idiote » avant de prendre le temps d’apporter une réponse de fond.

Il « avait un tempérament volcanique » mais « vous aviez toujours ensuite des excuses et une conversation intéressante », dit Larry Sabato, le directeur du Centre d’études politiques de l’université de Virginie. « La grande marque de civilité est la capacité à admettre que vous avez tort (…) et il n’a jamais hésité à le faire », ajoute Larry Sabato.

Dans ses mémoires parus en mai, The Restless Wave (« Les flots qui ne se calment pas »), John McCain admet qu’en 35 ans de carrière au Sénat, il a eu « des désaccords, parfois trop houleux, avec tous » les présidents américains.

Il appartient aux électeurs d’élire des représentants intègres

Mais « nous ferons éclater notre société » si les Américains perdent tout sens de l’humilité, écrivait-il. Selon lui, il appartient aux électeurs d’élire des représentants intègres. « Si vous voulez que la politique soit plus courtoise, si vous voulez un Congrès qui discute moins et fasse plus de choses », alors votez, avançait-il dans ses mémoires.

Un sondage de CBS réalisé en 2017 semblait lui donner raison : 68 % des personnes interrogées - de droite comme de gauche - estimaient qu’il y avait moins de « politesse dans le débat politique ». En cause, selon John McCain : les déclarations provocantes des commentateurs sur les chaînes câblées, les radios et Internet. En 2017, il avait appelé ses collègues à « arrêter d’écouter les grandes gueules prétentieuses à la radio, la télévision et sur internet. Qu’ils aillent au diable ».

Dans un message posthume rendu public lundi, il rappelle aux Américains que malgré la violence des débats politiques, « nous avons toujours eu plus de choses en commun que de différends ».

« J’aime les gens qui ne se font pas capturer »

Plus que tout autre, Donald Trump a testé les limites de McCain. En 2015, le milliardaire en campagne avait lancé que l’ancien prisonnier de guerre n’était « un héros que parce qu’il a été capturé ». « J’aime les gens qui ne se font pas capturer », avait-il ajouté, montrant son mépris pour les tortures subies par le pilote durant ses cinq ans de captivité pendant la guerre du Vietnam. L’ancien militaire avait simplement répondu que le président devait des excuses aux familles des soldats morts ou capturés au Vietnam.

John McCain a en revanche laissé exploser sa colère en juillet après la rencontre entre Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine à Helsinki. Depuis l’Arizona, où il luttait contre un cancer du cerveau, il avait fustigé « l’erreur tragique » de Trump et dénoncé « un des pires moments de l’histoire de la présidence américaine ».

A l’annonce de son décès, à 81 ans, Donald Trump s’est d’abord limité à un message laconique de condoléances sur Twitter, avant de lui exprimer son « respect » dans un communiqué et d’ordonner la mise en berne des drapeaux. Ultime marque de leur inimitié, l’entourage de John McCain a confirmé lundi que le locataire actuel de la Maison Blanche n’assisterait pas aux obsèques samedi à Washington, contrairement à ses deux prédécesseurs, George W. Bush et Barack Obama.