Allemagne: Angela Merkel dénonce les «chasses» de l'extrême droite contre les étrangers

IMMIGRATION En réaction au décès d’un homme lors d’une bagarre, des manifestations se sont déroulées à l’appel des partis d’extrême droite, au cours desquelles des manifestants s’en sont pris physiquement à des étrangers en les pourchassant…

A.B. avec AFP

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Angela Merkel, le 14 juin 2018 à Berlin.
Angela Merkel, le 14 juin 2018 à Berlin. — Markus Schreiber/AP/SIPA

Angela Merkel a dénoncé lundi des « chasses collectives » contre les étrangers menées par des sympathisants d’extrême droite en Allemagne, en réaction au décès d’un homme lors d’une bagarre, qui a ravivé les tensions nationales autour des migrants. Ces événements « n’ont pas leur place dans notre Etat de droit », a affirmé le porte-parole de la chancelière allemand, Steffen Seibert, lors d’un point de presse à Berlin, en les « condamnant avec la plus grande fermeté ».

« Il est important pour le gouvernement, pour tous les élus démocrates et, je pense, pour une large majorité de la population de dire clairement que de tels attroupements illégaux et chasses collectives visant des gens d’apparence ou d’origine différente, ou encore les tentatives de semer la haine dans les rues, n’ont pas leur place dans notre pays », a-t-il ajouté.

« Les étrangers dehors »

En cause : des incidents survenus la veille dans la ville de Chemnitz, dans l’ex-RDA, et qui menacent de se reproduire lundi soir. Près d’un millier de personnes y ont défilé sans autorisation à l’appel de divers mouvements d’extrême droite, après le décès par arme blanche d’un Allemand de 35 ans lors d’une altercation impliquant une dizaine de personnes dans cette ville.

La police​ a fait état de violences des protestataires, dont certains ont jeté des bouteilles sur les forces de l’ordre. Surtout, selon plusieurs témoignages et enregistrements vidéo circulant sur les réseaux sociaux, des manifestants s’en sont pris physiquement le long du parcours à des étrangers en les pourchassant. Selon les médias locaux, les protestataires ont défilé en criant des slogans tels que « Les étrangers dehors », « Ceci est notre ville » ou encore « Nous sommes le peuple ». La police a aussi indiqué avoir reçu deux plaintes pour coups et blessures.

« Provoquer le chaos et semer la peur dans la population »

La maire de la ville de Chemnitz, Barbara Ludwig a exprimé son « indignation ». « Il est grave que des gens puissent ainsi se rassembler (…) courir dans la ville en menaçant des gens », a-t-elle dit à la chaîne de télévision locale MDR. « Ceux qui se sont ainsi réunis sans autorisation voulaient provoquer le chaos et semer la peur dans la population », a-t-elle critiqué.

Les circonstances du drame lui-même, survenu dans la nuit de samedi à dimanche en marge d’une fête locale, restent pourtant encore très floues. La police a seulement indiqué que la victime était allemande et que la bagarre avait impliqué des gens « de diverses nationalités », sans pouvoir à ce stade établir clairement si un étranger est ou non à l’origine des coups mortels.

Deux autres personnes âgées d’une trentaine d’années ont aussi été blessées dans l’altercation. Et deux jeunes d’une vingtaine d’années ont été interpellés sans qu’il soit établi s’ils sont ou non impliqués, selon la police.

Contexte politique tendu

L’extrême droite locale organise lundi pour le deuxième jour consécutif une manifestation à Chemnitz en début de soirée. Le mouvement anti-immigrés et anti-islam Pegida, ainsi que le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), appellent à un rassemblement près du lieu où l’altercation s’est déroulée.

Pegida a appelé le gouvernement à « renforcer la sécurité » des citoyens et « à changer » de politique. Le mouvement affirme que la victime de 35 ans a été mortellement poignardée « en voulant protéger sa femme ».

La hausse de la criminalité en Allemagne

Cette affaire survient dans un contexte politique tendu en Allemagne autour de la question des étrangers. La chancelière Angela Merkel est régulièrement accusée par ses détracteurs d’avoir contribué à la hausse de la criminalité dans le pays en ouvrant les portes du pays en 2015 et 2016 à plus d’un million de demandeurs d’asile.

Les critiques proviennent notamment de l’extrême droite, très bien implantée dans l’ex-RDA. A Chemnitz même, l’AfD a attiré autant d’électeurs que le parti de centre-droit d’Angela Merkel lors des plus récents scrutins.