VIDEO. Corée: Les familles séparées par la guerre de 1950 font leurs déchirants adieux

PENINSULE COREENNE Ces familles coréennes du Nord et du Sud, qui vivent séparés depuis des décennies, avaient conscience de se voir probablement pour la dernière fois...

M.C. avec AFP

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Han Shin-ja, Sud-coréenne de 99 ans, fait ses adieux à l'une de ses filles nord-coréennes, au Mont Kumgang, le 22 août 2018.
Han Shin-ja, Sud-coréenne de 99 ans, fait ses adieux à l'une de ses filles nord-coréennes, au Mont Kumgang, le 22 août 2018. — Yonhap News/NEWSCOM/SIPA

Après trois jours de poignantes retrouvailles, les au revoir ne pouvaient qu’être déchirants. Car ces Coréens du Nord et du Sud qui sont parents mais vivent séparés depuis des décennies avaient tous conscience, mercredi, d’échanger probablement leurs derniers regards.

La majorité des participants à ces réunions de familles séparées depuis la Guerre de Corée (1950-1953) qui se tenaient depuis lundi dans la station nord-coréenne du Mont Kumgang ont plus de 80 ans. Et rien ne permet d’espérer dans un avenir proche la libre circulation des personnes sur la péninsule.

Alors beaucoup ont éclaté en sanglots quand a grésillé sur les haut-parleurs du grand hall l’annonce froide et cruelle : « La réunion est finie ». Une des participantes les plus âgées, la Sud-Coréenne Han Shin-ja, 99 ans, a été conduite vers la porte mais a refusé de faire un pas de plus, s’agrippant en pleurs à ses deux filles nord-coréennes. « Maman ! Maman ! », se lamentaient les deux septuagénaires.

Sur les 130.000 Sud-Coréens initialement candidats, 60.000 sont encore en vie

Une fois que tous les Sud-Coréens étaient à bord des autocars devant les faire retraverser la frontière, leurs parents nord-coréens -qui arboraient tous un badge avec le visage des grandes figures du régime- ont été autorisés à sortir leur dire au revoir de la main. Certains collaient leur main aux vitres des bus quand d’autres couraient à côté des véhicules, pour un dernier regard. « Rendez-vous à Pyongyang après l’unification », a lancé l’un d’eux.

Des millions de Coréens ont été séparés de membres de leur famille par la Guerre qui a scellé la division hermétique de la péninsule. Aucun traité de paix n’ayant été signé, Nord et Sud sont encore, techniquement, en état de guerre. Toute communication civile est rigoureusement proscrite et les voyages de l’autre côté de la zone démilitarisée (DMZ) sont rarissimes, et étroitement contrôlés.

Depuis 2000, les deux camps ont organisé 20 séries de réunions de familles, au gré de l’amélioration de leurs relations. Mais le temps, désormais, presse. Sur les 130.000 Sud-Coréens qui s’étaient initialement portés candidats pour ces réunions, moins de 60.000 sont encore en vie. Lors des réunions organisées cette année, les premières en trois ans, le doyen, Baik Sung-kyu, avait 101 ans.

Beaucoup avaient apporté des arbres généalogiques

Pour les survivants qui ont la chance d’être choisis - 89 familles depuis lundi, et un nombre similaire en fin de semaine - il s’agit en trois jours de dépasser une vie de séparation. Mercredi matin, lors d’une ultime réunion avant les adieux, Kim Byung-Oh, 88 ans, s’est effondré en sanglots quand sa sœur, plus jeune, l’a rejoint.

« Ne pleure pas, mon frère. Ne pleure pas », lui a-t-elle dit en lui prenant la main. Mais ses larmes ont continué de couler, et sa sœur, finalement, n’a plus su retenir les siennes. Pendant dix minutes, le frère et la sœur se sont serré la main sans un mot. « Je ne pensais pas que mon père pleurerait autant », confie le fils de Byung-Oh. A en croire des informations recueillies par un pool de journalistes, beaucoup avaient apporté des arbres généalogiques et quantité de photos pour expliquer la situation familiale.

« Une joyeuse atmosphère familiale », selon le régime de Pyongyang

Cette série de réunions se veut une illustration supplémentaire de la remarquable détente entre le Nord et le Sud, après des années de montée des tensions en raison des programmes nucléaire et balistique de Pyongyang.

Dans un bref compte-rendu, l’agence de presse officielle nord-coréenne KCNA a souligné que ces rencontres entraient « dans le cadre des mesures pratiques prises pour mettre en œuvre la déclaration de Panmunjom », en référence à la rencontre historique en avril entre le président sud-coréen Moon Jae-in et le dirigeant Kim Jong-un. « Nos compatriotes ont rencontré leur famille du sud et ont échangé leurs pensées dans une joyeuse atmosphère familiale », a commenté sobrement KCNA.