Israël assouplit les critères pour le port d'armes, 600.000 civils supplémentaires pourront demander un permis

ARMES Une mesure de sécurité pour certaines personnes, quand d'autres craignent que cette décision ne fasse qu'encourager la violence...

20 Minutes avec AFP

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Des soldats israéliens dans la ville de Naplouse en Cisjordanie occupée (Photo illustration).
Des soldats israéliens dans la ville de Naplouse en Cisjordanie occupée (Photo illustration). — JAAFAR ASHTIYEH / AFP

Une décision aux lourdes conséquences ? Israël a annoncé lundi l’assouplissement des conditions d’éligibilité au port d’armes, autorisant théoriquement jusqu’à 600.000 civils supplémentaires à demander un permis, selon une estimation du ministère de la Sécurité publique. Les autorités s’attendent toutefois à ce que seulement 35.000 personnes soumettent une demande, a indiqué une source au sein de ce ministère, sous le couvert de l’anonymat.

Pourquoi tant de civils pourraient porter une arme ?

Les nouvelles conditions, entrées en vigueur lundi, permettent désormais à tout Israélien ayant bénéficié d’une solide formation au combat d’infanterie de demander une autorisation. Sauf exceptions, le service militaire est obligatoire en Israël pour les hommes et les femmes à partir de 18 ans, mais une minorité reçoit la dite formation.

Le critère essentiel pour recevoir un permis était jusqu’alors, outre la profession, le lieu de résidence. Les Israéliens vivant ou travaillant en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël, recevaient souvent une licence. Parmi les 8.5 millions d’Israéliens, 140.000 en sont déjà détenteurs.

Encourager la violence ?

Si les autorités affirment que cette décision vise à accroître la sécurité, notamment vis-à-vis des attaques de Palestiniens, ses détracteurs affirment qu’elle ne fera qu’encourager la violence. « Beaucoup de civils ont déjà sauvé des vies lors d’attentats, perpétrés notamment par des loups solitaires. Plus ils seront entraînés à porter une arme, plus grandes seront les chances de contrecarrer les attaques et de réduire les pertes humaines », a expliqué lundi soir dans un communiqué le ministre de la Sécurité publique, Gilad Erdan.

Des demandes étudiées de près

Il a par ailleurs assuré mardi à la radio publique que les candidatures au port d’armes seraient étudiées de très près, jugeant les critères d’obtention parmi « les plus stricts ». « Nous examinons le passé des gens, leur état de santé, notamment leur santé mentale -il faut des autorisations du ministère de la Santé et de la police », a-t-il expliqué. « Nous n’avons aucune intention d’arriver à la même situation qu’aux Etats-Unis », un allié d’Israël en proie à un débat chronique sur le port d’armes après des tueries, a-t-il ajouté.

Dans un contexte de conflit persistant, Israël et les Territoires palestiniens ont connu à partir d'octobre 2015 une vague d'attaques à l'arme blanche souvent commises par des Palestiniens isolés contre les forces de sécurité ou des civils israéliens. Des dizaines d’agresseurs palestiniens ont été abattus par les forces israéliennes ou, dans certains cas, par des civils. Ces attaques sont désormais plus rares.

Une décision critiquée par la gauche

La décision des autorités israéliennes a été critiquée par la gauche, qui craint un regain de violence. Députée du parti d’opposition Meretz, Michal Rozin a estimé que l’assouplissement des règles du port d’armes, plutôt que de réduire la menace des attentats, augmenterait « de manière significative le risque pour la vie des femmes et des enfants » dans les situations de violences conjugales.

Dov Hanin, député juif de la Liste arabe unie, également dans l’opposition, a dit craindre un effet d’aubaine pour le trafic d’armes, notamment dans certaines localités arabes déjà touchées par le phénomène. Les responsables arabes israéliens accusent la police de négliger les villes arabes et d’y laisser la criminalité prospérer.

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