Arabie Saoudite: Confusion autour du sort d'une militante pour les droits de l'homme

FAKE OFF Le procureur a réclamé la peine de mort, mais le procès d'Israa al-Ghomgham continue...

Mathilde Cousin

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Des femmes vont voter  pour les élections municipales, à Riyadh, en Arabie saoudite, en décembre 2015.
Des femmes vont voter pour les élections municipales, à Riyadh, en Arabie saoudite, en décembre 2015. — Khalid Mohammed/AP/SIPA
  • Depuis 2015, Israa al-Ghomgham, une militante des droits de l’homme, est emprisonnée en Arabie saoudite.
  • Le procureur vient de requérir la peine de mort contre elle. La suite du procès doit se tenir en octobre.
  • Sur les réseaux sociaux, l’annonce de la décapitation de la Saoudienne a été relayée à tort.

« La sœur d’Israa al-Ghomgham a exprimé sa tristesse au sujet des fausses nouvelles indiquant que sa sœur a été exécutée. » C’est par un tweet, cité par une membre de l’Organisation européenne saoudienne pour les droits de l’homme (ESOHR), que la famille de la militante saoudienne a tenu à mettre fin à la confusion régnant autour du sort la prisonnière.

Depuis plusieurs jours, des internautes et des sites d'information étrangers soutiennent à tort qu’Israa al-Ghomgham a été exécutée, en s’appuyant notamment sur une vidéo insoutenable où l’on voit une femme être décapitée.

La Saoudienne a été arrêtée avec son mari le 8 décembre 2015, après un raid des forces de sécurité dans leur appartement situé dans la province de Qatif. Elle est emprisonnée depuis. Selon l’ESOHR, elle a participé à des manifestations pour réclamer la démocratie pendant le printemps arabe.

FAKE OFF

La vidéo ne montre pas l’exécution de la militante, mais celle d'une Birmane à La Mecque en 2015, accusée d’avoir abusé de sa belle-fille de sept ans et de l’avoir tuée. La photo qui est largement partagée sur les réseaux n’est pas la sienne non plus, mais c’est celle de Samar Badawi, une autre militante arrêtée en 2016 puis de nouveau en août 2018.

Israa al-Ghomgham est toujours en prison. Le procureur saoudien vient de réclamer la peine de mort pour la militante, d’après Human Rights Watch et l' ESOHR. Cela ne signifie pas encore qu’elle est condamnée. La suite de son procès doit se dérouler le 28 octobre. C’est la première fois que la peine de mort est demandée pour une militante, souligne l’ESOHR.

Un procès sans avocat

La Saoudienne est accusée d’avoir « participé à des manifestations dans la province de Qatif », « incité à manifester », « déclamé des slogans hostiles au régime », « tenté d’inflammer l’opinion publique », « filmé des manifestations et les publier sur les réseaux sociaux » et « fourni un soutien moral aux émeutiers ». Ces charges ne constituent pas des « crimes reconnaissables », explique Human Rights Watch. La première partie du procès s’est déroulée sans avocat.

Plus de 2000 personnes ont été exécutées en Arabie saoudite entre 1985 et 2016, selon Amnesty International.

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