Sanctions économiques en Turquie: Trump et Erdogan vont-ils encore faire monter la pression?

INTERNATIONAL Alors que la justice turque a décidé ce vendredi de maintenir l’assignation à résidence du pasteur américain Andrew Brunson, l’escalade des tensions entre Washington et Ankara se poursuit de plus belle…

A.B.

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Alors que la justice turque a décidé de maintenir l'assignation à résidence du pasteur américain Andrew Brunston, Donald Trump menace Ankara de durcir ses sanctions économiques.
Alors que la justice turque a décidé de maintenir l'assignation à résidence du pasteur américain Andrew Brunston, Donald Trump menace Ankara de durcir ses sanctions économiques. — Tatyana Zenkovich/AP/SIPA
  • Ce vendredi, la justice turque a décidé de maintenir l’assignation à résidence du pasteur américain Andrew Brunston, accusé d’espionnage et de terrorisme par la Turquie.
  • A Washington, le président américain Donald Trump plaide pour la libération de son concitoyen et a mis en œuvre un ensemble de sanctions économiques pour faire pression sur Ankara.
  • Son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, refuse de céder à la pression américaine.

Les sanctions et les menaces de Washington n’auront pas eu d’effet. La Turquie a maintenu ce vendredi l’assignation à résidence d’un pasteur américain, en dépit de nouvelles menaces de sanctions des Etats-Unis, qui ont mis à mal la livre turque et auxquelles Ankara a promis de répliquer. 

Un tribunal d’Izmir (ouest de la Turquie) a rejeté ce vendredi un nouveau recours du pasteur Andrew Brunson, dont le sort est au cœur de l’une des plus graves crises diplomatiques entre Ankara et Washington.

Jusqu’à trente-cinq ans de prison pour espionnage et activités « terroristes »

Le pasteur Andrew Brunson a été placé le mois dernier en résidence surveillée après plus d’un an et demi d’incarcération. Ankara l’accuse d’espionnage et d’activités « terroristes », des accusations qu’il rejette en bloc. Son avocat en Turquie, Cem Halavurt a indiqué qu’il ferait appel de la décision du tribunal vendredi dans une quinzaine de jours. L’avocat d’Andrew Brunson avait déposé un nouveau recours mardi contre l’assignation à résidence de son client, après une première tentative infructueuse début août. Un premier tribunal turc avait rejeté sa demande mercredi, mais celle-ci devait être examinée par une autre cour de plus haute instance. Celle-ci s’est donc prononcée vendredi. Andrew Brunson risque jusqu’à trente-cinq ans de prison pour espionnage et activités « terroristes ». Son avocat a fait part de son intention de faire appel de cette décision d’ici une quinzaine de jours.

Une affaire qui a provoqué une grave crise diplomatique entre la Turquie et les Etats-Unis. Washington a imposé une série de sanctions contre la Turquie, qui a répliqué avec des mesures similaires. Jeudi, le président américain Donald Trump avait une nouvelle fois plaidé sur Twitter pour la libération d’Andrew Brunson, « un merveilleux Pasteur Chrétien ». « La Turquie a profité des Etats-Unis pendant beaucoup d’années », a grondé Donald Trump.

Une escalade réciproque des sanctions

Cette décision de maintenir le pasteur américain à résidence survient au lendemain de nouvelles pressions américaines : le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a prévenu jeudi que Washington prendrait des sanctions supplémentaires si Ankara ne libérait pas le pasteur Brunson. « Nous prévoyons de faire davantage s’ils ne le libèrent pas rapidement », a-t-il affirmé.

Des menaces balayées par Ankara vendredi. « Nous avons répliqué (aux sanctions américaines) en accord avec les règles de l’OMC et nous continuerons de le faire », a déclaré vendredi la ministre turque du Commerce, Ruhsar Pekcan, citée par l’agence étatique Anadolu. Gel des avoirs de ministres de part et d’autre, augmentation réciproque des tarifs douaniers sur certains produits… : les sanctions déjà prononcées par Washington et la prise de mesures similaires par Ankara ont créé un vent de panique sur les marchés.

Crise monétaire turque

Alors que la crise diplomatique ne montre aucun signe d’apaisement, la livre turque, qui a pourtant repris des couleurs cette semaine après une spectaculaire débâcle, piquait à nouveau du nez vendredi. A la mi-journée, la devise turque perdait plus de 5 % face au dollar, comparé à jeudi soir, repassant au-dessus de la barre des 6 livres pour un billet vert. Plus tôt dans la journée, elle est même tombée à 6,3468 livres pour un dollar. Le vendredi précédent, la livre turque avait déjà accusé une baisse de 19 % face au dollar.

De nombreux Turcs semblaient toutefois soutenir la fermeté du président Recep Tayyip Erdogan. « Si nous sommes unis, les sanctions américaines n’auront aucun effet sur nous », a déclaré Ibrahim Aktar, un Stambouliote. « Je pense même que ce sera peut-être une raison pour resserrer les rangs », a-t-il ajouté.

Le ministre turc des Finances Berat Albayrak, gendre du président Recep Tayyip Erdogan, s’est toutefois efforcé de rassurer jeudi au cours d’une téléconférence inédite avec plusieurs milliers d’investisseurs. Il a affirmé que son pays « émergerait encore plus fort » de la crise de la livre, dont la valeur a fondu d’environ 40 % par rapport au dollar cette année. Il a également rejeté les éventualités d’un plan d’aide du FMI ou d’un recours au contrôle des capitaux.

Mais son allocution n’a pas suffi à rasséréner les marchés, le cabinet de conseil Capital Economics jugeant ainsi sa performance « modérément convaincante ».

Outre les tensions avec les Etats-Unis, les économistes restent également préoccupés par la mainmise de Recep Tayyip Erdogan sur l’économie. Les marchés ont sévèrement sanctionné le refus de la banque centrale de relever ses taux d’intérêt le mois dernier, en dépit de la chute de la monnaie nationale et d’une inflation galopante. Erdogan, partisan de la croissance à tout prix, s’y oppose fermement.

Trouver de nouveaux amis et partenaires

Dans la tourmente financière, la Turquie a néanmoins reçu un soutien de poids mercredi : le Qatar a promis d’investir 15 milliards de dollars dans ce pays.

Ankara tente ainsi, malgré les tensions avec Washington, de se tourner vers de nouveaux pays amis et partenaires. Cette semaine, Recep Tayyip Erdogan s’est entretenu avec la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron, signe qu’Ankara veut se rapprocher de l’Europe après deux années de tensions liées à la situation des droits de l’Homme en Turquie.

La justice turque a ordonné mardi la libération de deux soldats grecs et mercredi du président d’Amnesty International en Turquie, des décisions inattendues dans deux affaires très critiquées en Europe.