Beyrouth va retrouver son centre-ville

DE NOTRE CORRESPONDANT Avec la levée du sit-in, place Riad el-Solh...

De notre correspondant à Beyrouth, David Hury

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Après le discours du Premier ministre qatari, prononcé lors d'une cérémonie réunissant l'ensemble des dirigeants des deux camps qui ont négociaient à Doha depuis vendredi soir, M. Berri a annoncé que le campement installé depuis fin 2006 dans le centre de Beyrouth par l'opposition serait levé le jour même.
Après le discours du Premier ministre qatari, prononcé lors d'une cérémonie réunissant l'ensemble des dirigeants des deux camps qui ont négociaient à Doha depuis vendredi soir, M. Berri a annoncé que le campement installé depuis fin 2006 dans le centre de Beyrouth par l'opposition serait levé le jour même. — Joseph Barrak AFP

«Ils s’en vont, enfin!», s’exclame Adla, vendeuse à la Maison du Café, une boutique coincée entre les tentes des partisans de Michel Aoun et celles du Hezbollah, en plein cœur du centre-ville de Beyrouth. Adla est heureuse, et espère revoir des clients. Car depuis le 1er décembre 2006, marquant le début du sit-in de l’opposition parlementaire libanaise, le cœur de la capitale libanaise battait au ralenti. Les 18 mois de paralysie institutionnelle au Liban ont pris fin dans la nuit de mardi à mercredi, avec un accord trouvé entre l’opposition et la majorité, réunies à Doha (Qatar) afin de mettre un terme à ce bras de fer politique, transformé durant une semaine en début de guerre civile.

Sous un soleil de plomb, un peu avant midi ce mercredi, les partisans de l’opposition – Hezbollah, aounistes, Amal, PSNS… – ont obéi au mot d’ordre lancé par Nabih Berri, le président du Parlement: «Le sit-in doit être levé immédiatement.»

Timidement, les matelas de mousse s’entassent devant les tentes, les chaises en plastique sont empilées. Place Riad el-Solh, occupée par les militants du Hezbollah, l’ambiance est encore tendue. Au pied de l’hôtel de luxe Markazia Monroe, un voiturier regarde la scène. Ahmad n’a pas garé de voitures depuis longtemps, et regarde, l’air satisfait, le sit-in se lever: «Moi, je suis content, cela veut dire que l’opposition a eu gain de cause. Les jeunes vont pouvoir rentrer chez eux, et le business redémarrer.»

Les maîtres du cœur de Beyrouth
 
Sur la place des Martyrs, l’autre esplanade du centre-ville reconvertie en camping géant depuis un an et demi, les drapeaux du Courant patriotique libre du général Aoun flottent encore au vent, décolorés par le soleil. Un «aouniste», grimpé sur une palissade métallique, s’apprête à en décrocher un. Alors qu’un journaliste veut le prendre en photo, un membre du service d’ordre du Hezbollah, pistolet automatique à la ceinture, débarque: «Interdit de parler! Interdit de prendre des photos sans permission!» Même sur le départ, les hommes de Hassan Nasrallah tiennent à montrer qu’ils sont encore les maîtres du cœur de Beyrouth.

La levée du sit-in, un mois avant la saison touristique, est surtout une bonne nouvelle pour les commerçants et les restaurateurs. Nadim Assi, président de l’Association des commerçants, ne cache pas sa joie: «Avec ce sit-in, près d’une centaine de boutiques, de restaurants et de bureaux ont dû fermer, entraînant le licenciement de centaines d’employés. Maintenant, nous allons donc pouvoir reprendre le travail et enfin profiter d’une saison estivale prometteuse.»