Etats-Unis: Trump révoque l'habilitation secret défense de l'ancien directeur de la CIA

ETATS-UNIS Condamnant un « abus de pouvoir », John Brennan a réagi en dénonçant « une volonté plus large de supprimer la liberté d’expression et de punir les critiques »...

M.C. avec AFP

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John Brennan en septembre 2016.
John Brennan en septembre 2016. — MARK WILSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Il est devenu l’une des voix les plus critiques de Donald Trump et de sa politique. John Brennan, l’ancien directeur de la CIA, qui le mois dernier avait encore accusé le président américain de « trahison », a vu son habilitation secret-défense révoquée par la Maison Blanche.

Cette habilitation, dont la révocation a été annoncée mercredi par la porte-parole de l’exécutif Sarah Sanders, donne aux hauts responsables qui en bénéficient accès à des informations sensibles et confidentielles, même après avoir cessé leurs fonctions. La porte-parole a lu un communiqué de Donald Trump, dans lequel il justifiait sa décision par « les risques faisant courir la conduite et le comportement erratiques » de John Brennan, qui est un ex-proche conseiller de Barack Obama.

« Historiquement, les anciens chefs du renseignement et des agences de sécurité étaient autorisés à conserver un accès aux informations classées secret-défense », a-t-elle rappelé, en soulignant que cette tradition est désormais remise en cause. « M. Brennan a des antécédents qui jettent un doute sur son objectivité et sa crédibilité », a-t-elle assuré.

« Abus de pouvoir » ou diversion ?

Condamnant un « abus de pouvoir » du président américain, John Brennan a réagi en évoquant une décision « faisant partie d’une volonté plus large de supprimer la liberté d’expression et de punir les critiques ».

« Si les habilitations secret-défense venaient à devenir un outil politique dans les mains d’individus comme Donald Trump, cela enverrait je pense un message très inquiétant aux membres actuels du gouvernement, peut-être aux anciens responsables qui bénéficient toujours de leur habilitation, ainsi qu’à la prochaine génération de professionnels du renseignement et de la sécurité nationale », a-t-il déclaré sur MSNBC.

Avec ces annonces mercredi, la Maison Blanche a peut-être tenté d’opérer une diversion, le président étant empêtré dans une polémique déclenchée par une ancienne conseillère en relations publiques, Omarosa Manigault Newman, qui a dressé ces derniers jours le portrait acide d’un Donald Trump « raciste » et « misogyne ». Le sénateur démocrate Mark Warner a ainsi dénoncé une stratégie de « détournement de l’attention » doublée d’un « dangereux précédent » visant à punir les personnes critiques du président.

« Totalement dans les mains de Poutine »

Ancien patron de la CIA de 2013 à 2017, John Brennan reste une voix respectée sur l’échiquier politique américain, se montrant en même temps peu avare en critiques de Donald Trump.

Le mois dernier, il avait éreinté le locataire de la Maison Blanche après sa rencontre à Helsinki avec son homologue russe Vladimir Poutine, au cours de laquelle le milliardaire américain avait adopté une posture conciliante vis-à-vis du maître du Kremlin. John Brennan avait estimé que la « performance » de Donald Trump à Helsinki n’était « rien de moins qu’un acte de trahison ». « Non seulement les propos de Trump étaient imbéciles, mais il est totalement dans les mains de Poutine », avait-il tweeté.

John Brennan a par ailleurs à de maintes reprises réaffirmé la réalité d’une ingérence russe dans l’élection présidentielle de 2016, réfutant les doutes avancés par Donald Trump sur la question.

D’autres anciens hauts fonctionnaires menacés

Sarah Sanders a précisé que Donald Trump envisageait de retirer leur habilitation à d’autres anciens hauts fonctionnaires de l’ère Obama, dont l’ex-chef de la police fédérale James Comey, devenu sa bête noire. Une même révocation pourrait être appliquée à James Clapper, directeur du renseignement jusqu’à début 2017, ainsi qu’à Michael Hayden, ex-patron de l’Agence nationale de sécurité (NSA) puis de la CIA.

Sont également menacés Susan Rice, qui était conseillère en sécurité nationale de Barack Obama, et Andrew McCabe, ancien adjoint puis directeur par intérim du FBI jusqu’en août 2017. Tous ont ouvertement critiqué le président républicain depuis sa prise de fonctions en janvier 2017.