L'Arabie saoudite expulse l'ambassadeur du Canada après des critiques sur les droits de l'Homme

ARABIE SAOUDITE Le Canada avait appelé à la libération immédiate de militants des droits de l'Homme emprisonnés dans le Royaume...

20 Minutes avec AFP

— 

Un militant d'Amnesty Internation tient le 29 janvier 2015 un portrait du blogueur saoudien Raef Badaoui lors d'une manifestation devant l'amabassade d'Arabie saoudite à Berlin
Un militant d'Amnesty Internation tient le 29 janvier 2015 un portrait du blogueur saoudien Raef Badaoui lors d'une manifestation devant l'amabassade d'Arabie saoudite à Berlin — Tobias Schwarz AFP

L’Arabie saoudite a annoncé lundi qu’elle avait décidé d’expulser l’ambassadeur du Canada à Ryad et de geler toute relation commerciale, en réplique aux critiques répétées d’Ottawa sur la répression des militants de droits de l’Homme.

Le royaume saoudien a donné vingt-quatre heures au diplomate canadien pour quitter le pays et rappelle son ambassadeur au Canada « pour consultations », dans un soudain durcissement des relations entre ces deux pays. Le Canada n’avait pas réagi officiellement dimanche soir (à Ottawa) à l’annonce de Ryad, intervenue suite à un appel de l’ambassade du Canada à la libération immédiate de militants des droits de l’Homme emprisonnés en Arabie saoudite.

Le royaume d’Arabie saoudite « n’acceptera d’aucun pays une ingérence dans ses affaires intérieures ou des diktats imposés », a déclaré le ministère saoudien des Affaires étrangères sur Twitter, reflétant la fermeté du prince héritier Mohammed ben Salmane en matière de politique étrangère. Ryad a en outre annoncé que le royaume avait décidé de « geler toutes nouvelles transactions concernant le commerce et les investissements » avec le Canada.

L’Arabie saoudite n’a pas aimé la formulation du communiqué

L’ambassade canadienne s’était dite « gravement préoccupée » par une nouvelle vague d’arrestations de militants des droits de l’Homme dans le royaume. « Nous appelons les autorités saoudiennes à les libérer immédiatement ainsi que tous les autres activistes pacifiques des #droitsdel’Homme », avait déclaré l’ambassade vendredi dans un communiqué publié sur Twitter.

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a exprimé sa réprobation concernant la formulation du communiqué de l’ambassade. « Il est très regrettable que les mots "libération immédiate" figurent dans le communiqué canadien », a déclaré le ministère. « C’est inacceptable dans les relations entre deux pays ».

Justin Trudeau avait lui-même abordé le sujety avec le prince saoudien

Le 2 août dernier, la cheffe de la diplomatie canadienne, Chrystia Freeland, s’était déjà dite « très alarmée d’apprendre l’emprisonnement de Samar Badaoui », une militante de l’égalité entre hommes et femmes, arrêtée la semaine dernière avec sa collègue Nassima al-Sadah.

Samar Badaoui est la récipiendaire du Prix international du courage féminin 2012 décerné par le département d’État américain. Elle a fait campagne pour la libération de son frère, Raef al-Badaoui, un blogueur dissident, et de Walid Abou al-Khair, son ancien mari.

Citoyen saoudien, Raef al-Badaoui est emprisonné depuis 2012 en raison de propos tenus sur son blog. Il a été condamné en novembre 2014 à dix ans de prison et à 1.000 coups de fouet pour « insulte à l’islam ». L’épouse de Raef al-Badaoui, Ensaf Haidar, est installée au Québec depuis l’automne 2013 avec ses trois enfants.

En avril dernier, le Premier ministre canadien Justin Trudeau lui-même avait fait part au roi Salmane de « ses préoccupations importantes et constantes » à l’égard du blogueur emprisonné.