VIDEO. Chine: Un intellectuel, dissident du régime, disparaît après une interview interrompue en direct

DISPARITION L’universitaire retraité accordait par téléphone un entretien à une chaîne télévisée lorsque les autorités ont surgi dans son domicile de Jinan...

20 Minutes avec AFP

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Le professeur Sun Wenguang, éminent intellectuel chinois.
Le professeur Sun Wenguang, éminent intellectuel chinois. — Tania Lee AFP

La scène a été diffusée en direct à la télévision. Un éminent intellectuel chinois, critique du régime communiste, a disparu ce vendredi après l’irruption de forces armées dans son appartement qui ont interrompu l’interview qu’il donnait à une télévision américaine.

L’universitaire retraité Sun Wenguang, octogénaire, accordait par téléphone un entretien à la chaîne télévisée en mandarin du réseau de médias Voice of America (VOA), financé par le gouvernement américain, lorsque les autorités ont surgi dans son domicile de Jinan (est de la Chine).

« Vous êtes ici en toute illégalité ! J’ai ma liberté d’expression ! »

« La police est revenue pour me réduire au silence ! », a hurlé Sun Wenguang dénombrant jusqu’à huit membres des forces de l’ordre, selon un enregistrement audio diffusé mercredi.

Avant que l’enregistrement ne s’interrompe, on entend l’intellectuel déclarer aux policiers : « Vous êtes ici en toute illégalité ! J’ai ma liberté d’expression ! ».

Des appels répétés de l’AFP, vendredi, sur son téléphone portable comme à son domicile sont restés sans réponse, tout comme des messages sur l’application téléphonique WeChat. Le bureau de la Sécurité publique de Jinan n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP.

Voice of America « surveille attentivement la situation, et transmettra dès que possible de nouvelles informations aux auditeurs », a indiqué la porte-parole du réseau américain, Bridget Serchak.

L’un des plus anciens militants des droits civiques en Chine

« Ecoutez ce que j’ai dit, y avait-il quelque chose d’erroné ? », a lancé Sun Wenguang aux policiers surgissant chez lui. « Les gens sont pauvres (en Chine). N’allons pas jeter notre argent en Afrique, cela ne fait aucun bien à notre société », a-t-il tenté d’expliquer.

L’audacieux octogénaire, un des plus anciens militants des droits civiques en Chine, est soumis à une surveillance étroite des autorités. Sun Wenguang avait rédigé le mois dernier une lettre ouverte à Xi Jinping, où il fustigeait la « diplomatie du carnet de chèque » de Pékin en Afrique, alors même que le président chinois entamait une vaste tournée sur ce continent, selon Voice of America et des copies d’écran dont l’AFP n’a pu vérifier indépendamment l’authenticité.

L’incident illustre le durcissement, depuis cinq ans et l’arrivée au pouvoir du président Xi Jinping, de la répression des militants des droits civiques et voix dissonantes, la moindre critique du Parti communiste étant impitoyablement censurée et réprimée.