Affaire russe: Donald Trump ou son ancien avocat, qui ment?

LIAR LIAR Michael Cohen affirme que le président était au courant et a approuvé la rencontre entre une avocate russe et son fils, ce que Donald Trump dément...

Philippe Berry

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Donald Trump et son ancien avocat, Michael Cohen.
Donald Trump et son ancien avocat, Michael Cohen. — NICHOLAS KAMM, MARK WILSON / AFP / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

L’un de ces deux hommes ne dit pas la vérité. D’un côté, l’ancien avocat de Donald Trump, Michael Cohen, serait prêt à témoigner que le président américain était au courant et a approuvé la rencontre de la Trump Tower entre son fils et une avocate russe proche du Kremlin qui promettait des « informations compromettantes » sur Hillary Clinton, affirme CNN. De l’autre, Donald Trump a répété sur Twitter, vendredi, qu’il ne « savait RIEN » de cette rencontre avant qu’elle n’ait lieu. Qui dit la vérité ? L’avenir du président américain est sans doute très fortement lié à cette réponse. Et c’est Robert Mueller, le procureur spécial en charge de l’enquête sur la Russie, qui devra faire toute la lumière et déterminer s’il y a eu collusion (plus exactement une « conspiration ») avec Moscou.

Ce que dit Michael Cohen

Inquiété par la justice dans l’enquête sur le paiement à l’ex-actrice Stormy Daniels, Michael Cohen a changé de stratégie. Alors qu’il avait juré qu’il était prêt à « prendre une balle pour Monsieur Trump », l’ancien « fixeur » du candidat serait prêt à se mettre à table et à parler à Robert Mueller.

Selon CNN, Cohen affirme que Donald Trump était au courant de la fameuse rencontre avant qu’elle n’ait lieu en juin 2016, et qu’il l’avait personnellement approuvée. Cohen n’a pas d’enregistrement pour prouver ses dires, selon la chaîne, mais il est prêt à témoigner sous serment qu’il était présent dans la pièce au moment des faits. Ce serait à un grand jury d’établir sa crédibilité.

Ce que dit Donald Trump

« Non, je ne savais RIEN de la rencontre avec mon fils, Don Jr. On dirait que quelqu’un essaie d’inventer des histoires pour se tirer d’une autre affaire (sur les plaques de taxis peut-être ? », a tweeté Donald Trump. Il fait référence à l’enquête visant un business de taxis de Michael Cohen. En clair, le président accuse son ancien avocat de mentir pour chercher à obtenir un accord favorable avec la justice. Par le passé, Donald Trump avait affirmé qu’il avait entendu parler de cette rencontre pour la première fois quand le New York Times l’a révélée, un an plus tard.

Les zones d’ombre

Pour s’y retrouver, il faut revenir à la chronologie des événements :

  • 3 juin 2016 : L’intermédiaire Rob Goldstone envoie un mail à Donald Trump Jr. et affirme qu’une avocate russe a des « informations compromettantes » sur Hillary Clinton. Le fils du président américain répond : « Si c’est ce que vous dites, j’adore ça, surtout pour plus tard cet été. »
  • 7 juin 2016, 18h14 : La rencontre est confirmée par email pour le 9 juin.
  • 7 juin 2016, vers 21h00 : Lors d’un meeting de campagne, Donald Trump fait du teasing et annonce : « Je vais prononcer un discours majeur, sans doute lundi prochain, et on va parler de tout ce qu’il s’est passé avec les Clinton, je pense que vous allez trouver ça très intéressant. »
  • 9 juin 2016 : La rencontre a lieu à la Trump Tower. Sont présents : l’avocate russe Natalia Veselnitskaya, Donald Trump Jr, le gendre du président, Jared Kushner et le directeur de campagne, Paul Manafort. Face au Congrès, le fils du président américain a indiqué que la rencontre n’avait « rien donné » et qu’il avait « perdu 20 minutes ».
  • 9 juin 2016 : Avant et après le meeting, Donald Trump Jr a deux conversations téléphoniques avec un numéro bloqué. S’agit-il de son père ? « Je ne me souviens pas », a-t-il répondu face aux élus.
  • 12 juin 2016 : C’est ce jour-là que devait se dérouler la conférence de presse sur Hillary Clinton. Elle n’aura jamais lieu.
  • 7 octobre 2016 : Le Washington Post publie la vidéo d’Access Hollywood, et la candidature de Donald Trump vacille.
  • 7 octobre 2016 : Quelques heures plus tard, WikiLeaks commence de publier les emails piratés du directeur de campagne d’Hillary Clinton.

Si Donald Trump était au courant et a approuvé la rencontre, le démocrate Eric Swalwell estime que le président américain s’est rendu coupable de « collusion ». Tout le monde n’est pas d’accord. Pour être coupable de « conspiration » avec une puissance étrangère (le terme juridique exact), une simple rencontre ne suffit pas : il faut avoir obtenu « quelque chose de valeur », selon la loi électorale. L’enquête est des plus complexe, et c’est pour cette raison que le procureur ne l’a toujours pas bouclée, deux ans après son ouverture par le FBI.