La Chine aurait-elle dû accepter l'aide internationale plus tôt?

SEISME DU SICHUAN L'armée est présente en nombre, mais le défaut d'organisation est patent... Le reportage de notre envoyée spéciale.

Dans le Sichuan, Caroline Dijkhuis

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Des cris, de plus en plus faibles, s'élevaient encore vendredi des bâtiments et des écoles en ruines dans le Sichuan, guidant les sauveteurs à la recherche des derniers survivants du séisme dont le bilan devrait se chiffrer en dizaines de milliers de morts.
Des cris, de plus en plus faibles, s'élevaient encore vendredi des bâtiments et des écoles en ruines dans le Sichuan, guidant les sauveteurs à la recherche des derniers survivants du séisme dont le bilan devrait se chiffrer en dizaines de milliers de morts. — Mark Ralston AFP

Vendredi, les premiers secouristes japonais sont arrivés sur la zone de la catastrophe, 96 heures après le séisme, alors que l’espoir de retrouver des survivants s’amenuisait. C’est la première fois que la Chine accepte de l’aide humaine sur son territoire. Si cela ressemble à un aveu de son manque d’équipement et de savoir-faire face à l’ampleur des destructions, la Chine aurait-elle dû accepter l’aide internationale plus tôt?

Pour les Chinois, l’envoi des secours a été plutôt rapide. «C’est la première fois que le gouvernement parvient à mobiliser l’armée si vite», explique Shi Qi, une jeune femme qui volontairement sillonne les villes sinistrées pour apporter des vivres et de l’eau aux victimes.

Tout le monde loue le gouvernement pour son influence et sa réactivité. Le premier ministre Wen Jiabao, arrivé dans le Sichuan deux heures seulement après la catastrophe, est particulièrement populaire. Les visites très médiatisées et émouvantes des deux plus importantes figures de l’état — une image nouvelle en ce qui concerne le chef de l’Etat Hu Jintao dans ce rôle de consolateur —ont même renforcé l’aura des leaders.

«Envoyer plus de monde n’aurait pas servi à grand-chose», affirme une journaliste d’un des seuls quotidiens au ton libre – qui souhaite rester anonyme. Elle est arrivée dès mardi au cœur de Beichuan, l’une des villes les plus durement touchées par le séisme. «Le problème, c’est que la route vers le centre a été coupée, qu’il a fallu en reconstruire une, ce qui a été fait hier… »

Les seuls qui se plaignent, ce sont les parents, qui, de Han Wang à Beichuan, ces points qui ont disparu de la carte du Sichuan, tentent de retrouver leurs enfants dans les décombres. Ils sont frustrés, trouvent que les secouristes ne travaillent pas assez vite, alors que le temps passe et qu’on a dégagé encore 18 survivants à Beichuan vendredi.

Le manque d’organisation efficace est criant et les secouristes, en combinaison orange, sont dépassés. «Ils ne comprennent pas que chaque seconde compte», lâche en colère Hao Chen, un ingénieur américain d’origine chinois, qui a décidé d’apporter son expertise sur le terrain.

Deux adolescents viennent d’être repérés sur le chantier du collège n°1 de Beichuan, mais les secouristes hésitent pendant plus d’une heure sur la méthode à adopter, attendent le passage d’officiels avec caméras. «C’est le système bureaucratique chinois, vous ne pouvez pas changer 2000 ans de mentalité chinoise», explique Hao Chen, qui garde profil bas certainement pour ne pas se faire remercier manu militari. Il a pris les commandes de l’endroit toute la nuit de vendredi.

«Ils m’ont laissé faire, car ils manquent de gens pour diriger les opérations. Beaucoup de membres du gouvernement local ou du parti ont péri dans la catastrophe.» Mais pour lui, les opérations manquent aussi de suivi. «L’armée a été envoyée en nombre pour aider, mais les soldats tournent toutes les trois heures, et à chaque fois, il faut leur expliquer la marche à suivre depuis le début.»

S’il admet qu’il manque de secouristes compétents, il n’est pas certain que des secours occidentaux auraient pu être très utiles, «à cause de la barrière de la langue.»

Et si la Chine paraît avoir minutieusement sélectionné les secouristes étrangers qu’elle accepte sur son territoire pour cette première (Japon, Singapour, Corée du Sud et Russes), ce sont aussi ceux qui savent parler chinois – et de nombreux Chinois parlent le russe. Au fond, comme pour dans de nombreux autres domaines en Chine, c’est le système D qui prévaut depuis lundi… et on peut se demander comment la situation aurait évolué s’il n’y avait pas cet élan de solidarité et ces milliers de volontaires qui apportent vivres et eau aux réfugiés.