Japon: Les six derniers condamnés à mort de la secte Aum ont été exécutés

JAPON Ces exécutions, qui provoquent des sentiments mitigés chez les familles des victimes, font ressurgir le débat sur la peine de mort au Japon...

M.C.

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Un passager du métro de Tokyo soigné après l'attaque au gaz sarin, le 20 mars 1995.
Un passager du métro de Tokyo soigné après l'attaque au gaz sarin, le 20 mars 1995. — JUNJI KUROKAWA / AFP

Une page de l’histoire japonaise s’est tournée, mais pas pour les familles des victimes. Six ex-membres de la secte Aum Vérité Suprême, responsable de l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995, ont été exécutés jeudi matin, s’ajoutant aux sept déjà pendus au début du mois, selon les médias japonais. Tous les 13 ex-membres de la secte Aum condamnés à la peine capitale il y a plusieurs années ont ainsi été exécutés, dont le gourou Shoko Asahara (de son vrai nom Chizuo Matsumoto), exécuté au début du mois.

« J’ai ordonné ces exécutions après avoir mûrement réfléchi », a déclaré devant la presse la ministre de la Justice Yoko Kamikawa. Selon elle, les meurtres perpétrés par la secte « ne doivent plus jamais se produire » et la sentence de mort était « inévitable ».

 

Outre l’attentat commis dans le métro tokyoïte à l’heure de pointe, le matin du 20 mars 1995, les membres de la secte avaient également été reconnus coupables d’une autre attaque au gaz sarin à Matsumoto en 1994, et du meurtre d’un avocat, de son épouse et de leur bébé en 1989. Les crimes ont causé la mort de 29 personnes et fait 6.500 blessés. Quelque 190 autres membres d’Aum avaient également été condamnés à diverses sentences.

« Même s’ils ont été exécutés, mon fils ne reviendra jamais »

La première peine capitale pour l’attentat de 1995 a été prononcée en septembre 1999. En décembre 1999, la secte Aum, qui a accueilli jusqu’à 10.000 fidèles, a reconnu pour la première fois officiellement sa responsabilité dans l’attentat contre le métro de Tokyo. Shoko Asahara avait vu sa sentence confirmée en 2006 et a attendu jusqu’au 6 juillet dernier.

Il y a trois semaines, lors de la précédente série d’exécutions de fidèles de cette secte, la ministre de la Justice avait dit avoir pris « après une prudente réflexion la décision de signer l’ordre d’exécution » de ces sept condamnés, estimant que « des actes d’une telle gravité, sans précédent au Japon, ne doivent plus jamais se produire ».

Les familles et proches des victimes de la secte avaient des sentiments mitigés après ces deux vagues d’exécutions, apparemment menées selon le rang hiérarchique des condamnés au sein d’Aum. « Même s’ils ont été exécutés, mon fils ne reviendra jamais », a déclaré à l’agence Kyodo Yoko Ito, dont le fils a été tué dans l’attaque de Matsumoto. « Je veux que la police surveille de près les autres sectes pour que ce genre de drame ne se reproduise pas. » Fusae Kobayashi, dont le fils a été tué dans l’attaque au gaz sarin, estimait pour sa part que son chagrin n’était pas allégé par la nouvelle de l’exécution.

Selon les sondages, les Japonais sont massivement favorables à la peine de mort

L’avocat Masaki Kito estime pour sa part que l’exécution du gourou et de ses disciples ne met pas fin à un attentat où demeurent de nombreuses zones d’ombre. « Il est regrettable qu’ils aient été exécutés sans avoir parlé davantage ». Certains craignent en outre que la pendaison d’Asahara fasse de lui un martyr. « Des craintes existent qu’il soit vénéré comme un dieu, je pense que nous devons rester vigilants », met en garde Minoru Kariya, fils de Kiyoshi Kariya enlevé et tué par la secte Aum en 1995.

« Les attaques menées par Aum étaient injustifiables et les responsables méritent d’être punis. Cependant, la peine de mort n’est jamais la solution », a commenté Hiroka Shoji, chercheur sur l’Asie de l’Est au sein de l’organisation de défense des droits humains Amnesty International. L’organisme déplore depuis toujours que le Japon continue de pratiquer la peine de mort « en disant que les exécutions sont inévitables parce que le public l’exige », les sondages montrant en effet que le public soutient ce type de sentence.