Japon: Les températures record font craindre la surchauffe pour les JO de Tokyo 2020

JAPON La vague de chaleur qui occupe l’Archipel provoque des inquiétudes pour les Jeux, dont la cérémonie d’ouverture doit avoir lieu dans deux ans, jour pour jour…

Mathias Cena

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Des passants devant un écran diffusant la météo à Tokyo, le 21 juillet 2018.
Des passants devant un écran diffusant la météo à Tokyo, le 21 juillet 2018. — Ryohei Moriya/AP/SIPA

De notre correspondant à Tokyo,

Parler de canicule ne suffit plus à décrire l’été japonais. Dans tout l’Archipel, où les moyennes saisonnières de températures, déjà élevées, ont été pulvérisées ce mois-ci, la chaleur humide a déjà fait au moins 80 morts depuis le 9 juillet, et quelque 35.000 personnes ont dû être hospitalisées. Lundi, le thermomètre a atteint le seuil jusque-là jamais enregistré dans le pays de 41,1°C dans le département de Saitama, voisin de Tokyo. Dans la capitale même, le mercure est monté le même jour à un niveau sans précédent de 40,8°C. Un phénomène climatique qui devrait se poursuivre au moins jusqu’à début août.

Ces températures pèsent évidemment sur les événements sportifs. Chaque année, le tournoi de sumo de Nagoya (centre du Japon), organisé au mois de juillet dans une salle mal climatisée, est un défi pour les lutteurs ruisselant de sueur comme pour les spectateurs, qui agitent frénétiquement leurs éventails en papier. Les tournois de baseball lycéens à travers le pays font aussi les frais de la chaleur : des dizaines d’adolescents qui soutenaient leur équipe ont dû être hospitalisés ces dernières semaines.

Les précédents Jeux de Tokyo ont eu lieu au mois d’octobre

Dans le monde entier, le phénomène climatique inquiète donc naturellement en vue des JO de Tokyo (24 juillet-9 août 2020), dont la cérémonie d’ouverture doit avoir lieu dans deux ans, jour pour jour (les Jeux paralympiques se tiendront eux du 25 août au 6 septembre 2020). Et ce malgré la promesse ubuesque du comité organisateur, qui écrivait dans son document de candidature [disponible en français] : « Avec des températures douces et de nombreux jours ensoleillés, cette période offre aux athlètes un climat idéal et propice aux meilleures performances ». Un « optimisme » révolu, alors que Yuriko Koike, la gouverneure de Tokyo, a déclaré lundi avoir « l’impression d’être dans un sauna ».

Pourquoi avoir choisi cette période de chaleur écrasante aggravée encore par l’humidité ? Les précédents JO de Tokyo, en 1964, se sont tenus en octobre – période aux températures réellement douces –, tout comme ceux de Mexico quatre ans plus tard. Mais la donne a changé depuis les années 1960 et, retransmissions télévisées mondiales obligent, organiser des « JO d’automne » n’est plus possible.

Ce sont en effet les sponsors et le diffuseur américain NBC, plus gros contributeur du Comité international olympique (CIO) en droits télé, qui font la pluie et surtout le beau temps sur le calendrier. Or, les chaînes ont déjà des grilles bien remplies en octobre avec le baseball et la NFL. Pour la même raison, les finales de natation seront disputées le matin, ce qui permettra aux téléspectateurs américains de les regarder en prime time, comme ce fut déjà le cas en 2008 à Pékin.

Le tracé « dangereux » du marathon

Parmi les 339 épreuves prévues dans 33 sports, ce sont celles disputées en extérieur et hors stade qui pourraient s’avérer les plus dangereuses à la fois pour les athlètes et les spectateurs. L’inquiétude est particulièrement grande pour le marathon, épreuve prévue le 2 août pour les femmes et le 9 chez les hommes. Une étude de l’université de Tokyo a classé les différentes étapes du parcours choisi de « dangereuse » à « très dangereuse » en cas de temps ensoleillé. L’étude prévient que des mesures pour lutter contre la chaleur seront nécessaires tout au long du parcours, d’autant plus que ces Jeux-là seront « plus sévères que tous les précédents sur le plan thermique », selon Makoto Yokohari, professeur d’urbanisme qui figure parmi les auteurs.

Si un porte-parole de Tokyo 2020 avouait fin mai que « nous n’avons pas spécialement pensé à des mesures contre la chaleur » au moment d’étudier le tracé du marathon, les organisateurs semblent désormais avoir pris la mesure du danger. Parmi les décisions prises pour l’atténuer, l’heure de départ de l’épreuve a été fixée à 7h du matin, 30 minutes plus tôt qu’initialement prévu, et à 6h pour le 50 km marche hommes, a annoncé la semaine dernière le CIO.

Le gouvernement japonais prévoit lui de recouvrir le sol sur tout le tracé d’un revêtement spécial absorbant la chaleur du soleil, et veut inciter les propriétaires des immeubles situés le long du parcours à appliquer sur leurs murs des enduits résistants à la chaleur. Les arbres doivent également être taillés de manière à offrir plus d’ombre aux spectateurs et des brumisateurs mobiles installés le long du parcours. « Nous devons absolument nous assurer qu’une assistance médicale est disponible, aussi bien pour les spectateurs que les athlètes », a par ailleurs déclaré au début du mois John Coates, le vice-président du CIO. Le programme des deux prochaines années sera chargé.