Le Hezbollah vainqueur, mais...

LIBAN Il s'est notamment mis à dos une partie de l'électorat de...

De notre correspondant au Liban, David Hury

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La Ligue arabe a conclu jeudi à Beyrouth un accord avec les différentes parties libanaises, en vue de mettre fin à la crise qui paralyse le pays depuis 18 mois et avait dégénéré la semaine dernière en violences meurtrières.
La Ligue arabe a conclu jeudi à Beyrouth un accord avec les différentes parties libanaises, en vue de mettre fin à la crise qui paralyse le pays depuis 18 mois et avait dégénéré la semaine dernière en violences meurtrières. — Anwar Amro AFP

La Ligue arabe a entériné, jeudi en fin d'après-midi, la victoire du Hezbollah sur le gouvernement libanais du Premier ministre Fouad Siniora. Mercredi soir vers 23h30, de longs tirs de joie des partisans du parti de Hassan Nasrallah avaient accompagné la révocation des décisions gouvernementales qui, une semaine plus tôt, avaient mis le feu aux poudres. La question du réseau téléphonique du Hezbollah a été confiée à l’armée libanaise et Wafic Choucair, responsable de la sécurité de l’aéroport international et proche du Hezbollah, a retrouvé ses fonctions. La campagne armée du Hezbollah sur la scène interne, menée conjointement avec Amal et d’autres factions, a donc porté ses fruits malgré plus de 60 morts en une semaine.

En deux jours, la Ligue arabe a réussi à remettre le dialogue au premier plan. Le statu quo prévalant avant le 7 mai et la journée de grève générale est donc de retour à Beyrouth. Le gouvernement libanais, soutenu par la France, les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, doit retrouver demain vendredi à Doha, au Qatar, une délégation de l’opposition. Objectif: renouer le dialogue après le langage des armes, et trouver la porte de sortie d’une crise qui dure depuis 18 mois.

Le général Michel Sleimane, au centre du jeu

Deux sujets sont sur la table: la composition du futur gouvernement d’union nationale et la loi électorale pour les prochaines élections législatives de 2009. Le Hezbollah a montré sa puissance – dont personne ne doutait – et par là même remisé aux calendes grecques le débat sur ses armes. Mais il a brisé un tabou essentiel dans le discours de son chef: pour la première fois, les armes des miliciens chiites se sont retournées vers leurs compatriotes. A l’horizon des prochaines législatives, ce facteur risque de lui coûter beaucoup.

A Beyrouth-Ouest comme à Tripoli, les combattants de l’opposition ont infligé une sévère défaite aux sunnites pro-gouvernementaux, tournant parfois à l’humiliation. Le Hezbollah s’est mis à dos, et pour longtemps, cet électorat, tout comme une partie des chrétiens. Le soutien indéfectible de Michel Aoun au Hezbollah cette semaine a été mal perçu, y compris dans son propre camp.

Cette semaine aura également remis le chef de l’armée libanaise, le général Michel Sleimane, au centre du jeu. «Son statut de futur président consensuel ne fait plus de doute, explique un diplomate européen à Beyrouth. Mais sa prise de position plus favorable au Hezbollah qu’au gouvernement, l’a considérablement affaibli. C’était certainement l’un des objectifs de Nasrallah: je ne crois pas que ce dernier ait voulu faire un coup d’Etat, mais simplement affaiblir un peu plus l’Etat.» En effet, un Etat faible est, pour le Hezbollah, la meilleure des cautions pour que le statut de ses armes reste «sacré».