Nicaragua: Après des mois de protestations, le gouvernement reprend un quartier historique aux opposants

AFFRONTEMENTS Les violences dans le pays ont fait plus de 280 morts et quelque 2.000 blessés...

20 Minutes avec AFP

— 

Des manifestants contre le président Ortega, le 12 juillet 2018 au Nicaragua.
Des manifestants contre le président Ortega, le 12 juillet 2018 au Nicaragua. — Jorge Torres/EFE/SIPA

Au terme de violents affrontements, les forces progouvernementales ont pris le contrôle de Monimbo, quartier rebelle de la ville de Masaya, au sud du Nicaragua. La prise de ce bastion des contestataires marque un tournant dans le mouvement de protestation qui secoue le pays.

« Ce quartier historique célèbre sa liberté, après avoir été kidnappé par des terroristes financés par la droite putschiste », a déclaré le gouvernement nicaraguayen sur son site internet. L’Association nicaraguayenne des droits de l’Homme (ANPDH) a confirmé qu’après un « usage excessif de la force » contre les manifestants, la police et les groupes armés irréguliers avaient pris le contrôle de la ville, a déclaré son dirigeant Alvaro Leiva.

« Armes lourdes » contre la population

Au moins deux personnes ont été tuées dans l’assaut, « une femme âgée et un policier », a déclaré à l’AFP la présidente du Centre nicaraguayen des droits de l’Homme (Cenidh), Vilma Núñez. « Une chasse sans discrimination a été lancée contre le peuple. Il y a des raids sur les maisons, ils enfoncent les portes, ils jettent les gens et leurs affaires dans la rue », avait-elle dénoncé.

« On nous attaque avec des armes lourdes, c’est une des opérations les plus violentes lancées contre Masaya, on entend des détonations et des tirs de mitrailleuses », avait déclaré à l’AFP le dirigeant du mouvement étudiant du « 19 avril », Cristian Fajardo.

280 morts dans les affrontements

Au Nicaragua, les affrontements entre le gouvernement et des protestataires durent depuis le mois d’avril. Un mouvement lancé par des étudiants contre le président Daniel Ortega. Il est accusé d’avoir mis en place avec son épouse Rosario Murillo, une « dictature » marquée par la corruption et le népotisme. Ses adversaires demandent des élections anticipées ou son départ. Les violences ont fait plus de 280 morts et quelque 2.000 blessés.

« La bonne nouvelle en provenance du Nicaragua est que le coup d’État a échoué, c’est-à-dire que la tentative de coup d’Etat au Nicaragua est déjà vaincue », a affirmé mardi à Bruxelles Paul Oquist, le ministre nicaraguayen chargé des politiques nationales. « Il n’y a plus de barrages routiers », « les étudiants peuvent retourner en cours », a-t-il soutenu. Le gouvernement qualifie les manifestants de « putschistes » et de « délinquants ».

Appels au calme de la communauté internationale

Pendant ce temps, le Parlement, contrôlé par le camp au pouvoir, a adopté une loi punissant de 15 à 20 ans de prison les actes de terrorisme. Sont notamment ciblés les auteurs d’actes visant à « altérer l’ordre constitutionnel », ce qui, selon l’opposition, pourrait concerner les manifestants. Le leader paysan Medardo Mairena, l’un des représentants de l’opposition dans le dialogue avec le gouvernement, a été accusé mardi à Managua de terrorisme, crime organisé, assassinat et tentative de saper l’ordre constitutionnel du pays.

Les affrontements à Masaya interviennent au moment où la communauté internationale réclame avec insistance l’arrêt de la répression. L’Union européenne a aussi demandé mardi la « fin immédiate » de la violence au Nicaragua et exigé le démantèlement des groupes armés irréguliers. La veille, 13 pays d’Amérique latine et l’ONU avaient réclamé la cessation immédiate des violences.