En Tanzanie, le président veut que les prisonniers «travaillent jour et nuit» et soient battus «s'ils font preuve de paresse»

POPULISME John Magufuli a demandé aux autorités carcérales de durcir le régime de détention...

B.C. avec AFP

— 

Le président de Tanzanie John Pombe Magufuli passe en revue la garde d'honneur le 9 décembre 2017
Le président de Tanzanie John Pombe Magufuli passe en revue la garde d'honneur le 9 décembre 2017 — STR / AFP

Les prisonniers devront travailler « jour et nuit » et recevoir des « coups de pied » s’ils font preuve de « paresse », a ordonné samedi le président tanzanien John Magufuli aux autorités carcérales de ce vaste pays d'Afrique de l'Est. Le chef de l'Etat tanzanien a donné ces nouvelles instructions samedi alors qu’il procédait à l’investiture du nouveau commissaire général des prisons, Faustine Martin Kasike.

« C’est une honte pour le pays de continuer à nourrir les prisonniers. Toutes les prisons ont des champs, il faut que les prisonniers les cultivent. Certains membres du personnel des prisons n’ont pas de logement. Faites travailler les prisonniers, qu’ils fabriquent des briques nuit et jour », a déclaré le président Magufuli. « S’ils font preuve de paresse, assenez-leur des coups de pied. Vous avez là une main-d’œuvre, gratuite en plus », a poursuivi le président tanzanien, affirmant aussi que le manque d’activité des prisonniers favorisait la consommation de drogue et l’homosexualité.

Un président clivant en chute dans les sondages

John Magufuli a également demandé aux autorités carcérales de mettre un terme aux visites conjugales en prison. « Un homme est emprisonné, laissant dans la communauté sa femme et un surveillant de prison reçoit un jour cette femme et autorise le prisonnier à faire des choses qu’il n’est pas censé faire durant sa détention. Je ne veux plus entendre parler de cela », a lancé le président, surnommé le « bulldozer » pour ses déclarations musclées.

Si ce style clivant a nourri la popularité initiale de John Magufuli, il alimente la décote du président aujourd’hui. Selon un sondage de l’ONG Twaweza publié début juillet, 55 % des Tanzaniens approuvent John Magufuli, le plus faible taux jamais enregistré pour un président de ce pays, contre 96 % deux ans plus tôt. Ce sondage révèle en outre que les citoyens ont l’impression que leurs libertés avaient diminué depuis l’élection de John Magufuli.

Depuis son accession au pouvoir en 2015, le président Magufuli a été critiqué par des organisations de défense des droits de l’homme et de la société civile pour son autoritarisme, ses détracteurs l’accusant de réprimer l’opposition et la liberté d’expression.