Cris, menaces, coups bas... L'audition de l'agent du FBI anti-Trump tourne au grand n'importe quoi

ETATS-UNIS Accusé les républicains d'avoir fait preuve de partialité, Peter Strzok a farouchement nié...

Philippe Berry

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L'arrivée de l'agent du FBI Peter Strzok au Congrès américain, le 12 juillet 2018.
L'arrivée de l'agent du FBI Peter Strzok au Congrès américain, le 12 juillet 2018. — Evan Vucci/AP/SIPA

C’est l’enquête dans l’enquête. L’agent du FBI Peter Strzok (prononcé « struck ») a été entendu par une commission du Congrès américain pendant près de 10 heures, jeudi. Accusé par le président américain et les républicains d’avoir fait preuve de partialité alors qu’il participait aux enquêtes sur Hillary Clinton et Donald Trump, l’agent a affirmé que ses opinions politiques personnelles exprimées dans des conversations privées avec sa maîtresse n’avaient « pas affecté » son jugement. Ce qui a donné lieu à un grand cirque où les attaques personnelles et les cris ont fusé.

« On l’en empêchera »

C’est le SMS le plus problématique échangé avec sa maîtresse Lisa Page, employée comme juriste au FBI au moment des faits. « Donald Trump ne va jamais devenir président. Hein, hein ? », demande Page. « Non. On l’en empêchera », répond son amant. Y avait-il une conspiration du FBI pour mettre des bâtons dans les roues de Donald Trump ? « Mon sentiment, c’est que la population américaine n’élirait pas « Donald Trump à cause de son » comportement horrible, répugnant", explique-t-il, dans une référence aux attaques du candidat contre « la famille immigrée d’un héros de guerre mort au combat ». « Je ne sous-entendais absolument pas que moi ou le FBI comptions influencer le scrutin en faveur d’un candidat », se défend l’agent, très remonté.

L’enquête n’a pas été ouverte à cause du « dossier »

L’enquête a-t-elle démarré à cause du dossier non-vérifié compilé par l’ex-espion britannique Christopher Steele et indirectement financé par la campagne d’Hillary Clinton ? « Non », répond Strzok. Selon lui, le FBI disposait d’informations justifiant l’ouverture d’une enquête avant d’être contacté par l’ex-agent du MI6. Il s’agit sans doute du tuyau fourni par l’Australie après les confidences alcoolisées de George Papadopoulos, un conseiller de Donald Trump, à propos « d’informations compromettantes » sur Hillary Clinton obtenues par Moscou.

Il aurait sans doute pu couler Trump mais ne l’a pas fait

A l’automne 2016, le FBI enquêtait depuis plusieurs mois sur l’ingérence russe et les soupçons de collusion dans l’équipe de Trump. « J’avais des informations qui auraient pu faire dérailler sa candidature et potentiellement la couler. Mais révéler ces informations (au public) ne m’a jamais traversé l’esprit », affirme Strzok. En clair, s’il avait participé « à une chasse aux sorcières », il n’avait qu’à passer un coup de téléphone à un journaliste, mais il ne l’a pas fait. Et rien n’a fuité avant le scrutin.

« Aviez-vous l’air aussi innocent quand vous mentiez à votre femme ? »

Ce tacle est venu de l’élu républicain Louie Gohmert. « Je vous vois là, avec votre petit sourire. Aviez-vous l’air aussi innocent en regardant votre femme dans les yeux quand vous lui mentiez à propos de Lisa Page ? », attaque l’élu du Texas, sous les huées des démocrates. « Vous devriez avoir honte ! », lance l’un. « Il est interdit d’attaquer personnellement un témoin », rappelle un autre.

Digne d’une cour de récréation

Peter Strzok a souvent refusé de répondre « sur ordre du FBI afin de ne pas perturber l’enquête en cours ». Cela a beaucoup frustré les républicains, qui l’ont menacé de le placer en détention pour « outrage ». Toute la journée, on a assisté à d’interminables parties de ping-pong entre les deux camps, comme cet échange : « Le gentleman n’a pas la parole », « Le président est malpoli », « Je suis très poli ». Ça a duré 590 minutes au total. La fin est venue comme un soulagement.

 

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