VIDEO. Thaïlande: Quels risques physiques et psychiques pour les treize rescapés sortis d'affaire?

SANTE Alors que les sauveteurs viennent de ramener à la surface les derniers rescapés, « 20 Minutes » a interrogé deux spécialistes sur les conséquences physiques et psychiques d’une telle épreuve….

Oihana Gabriel

— 

Des ambulances quittent la grotte de Tham Luand où les douze adolescents ont été sauvés mardi 10 juillet en Thaïlande.
Des ambulances quittent la grotte de Tham Luand où les douze adolescents ont été sauvés mardi 10 juillet en Thaïlande. — AFP
  • Les douze adolescents de 12 à 16 ans et leur entraîneur de 25 ans, bloqués dans une grotte en Thaïlande depuis le 23 juin, ont tous été secourus ce mardi. 
  • Si leur état de santé est globalement bon, deux souffrent d'une pneumonie et beaucoup de précautions sont prises pour que leur retour à la réalité se fasse sans heurt. 
  • Notamment sur le plan psychique: après ce dénouement heureux, ces rescapés sont suivis par des psychologues pendant cette semaine de quarantaine car ils doivent se remettre de plusieurs traumatismes.

Ils sont sauvés… mais ne pourront pas voler jusqu’à Moscou pour assister en direct à la finale de la Coupe du monde dimanche. Les douze adolescents et leur entraîneur, bloqués dans une grotte de Thaïlande depuis le 23 juin et menacés par la montée des eaux ont tous retrouvé la surface ce mardi. La Fifa les avait invités à profiter de la finale en Russie, mais les adolescents rescapés resteront en quarantaine à l’hôpital pendant une semaine. Pourquoi ? Voici les précisions de deux spécialistes sur les conséquences physiques, mais surtout psychiques d’une épreuve hors du commun.

Comment vont-ils ?

Après avoir passé jusqu’à 18 jours sous Terre, seuls, dans l’obscurité, le retour à la surface et à la vie normale nécessite quelques précautions… Voilà pourquoi les treize rescapés sont pour le moment hospitalisés et sous surveillance, selon les autorités. Deux d'entre eux sont sous antibiotiques du fait de signes de pneumonie, après des jours dans l’humidité de la grotte. Si tous semblent émaciés et épuisés, ils seraient en bonne santé d'après l’hôpital.

Des plongeurs de l'armée thaïlandaise dans la grotte où sont piégés les derniers enfants.
Des plongeurs de l'armée thaïlandaise dans la grotte où sont piégés les derniers enfants. - HANDOUT / ROYAL THAI NAVY / AFP

Réaccoutumer ses yeux à la lumière

Les jeunes rescapés portent des lunettes de soleil afin de permettre à leurs yeux, privés de lumière pendant deux semaines, de se réhabituer progressivement au jour. Les troubles oculaires sont, avec les problèmes pulmonaires, un grand classique des rescapés restés longtemps sous terre. Le premier groupe de rescapés a déjà été examiné par un oculiste, qui a conclu à l’absence de complications. Pas surpris, Bernard Tourte, président de la commission secours de la Fédération française de Spéléologie  précise : « Quand on passe quinze jours sous terre, évidemment on a mal aux yeux en retrouvant la lumière extérieure. Mais l’accoutumance à la lumière a débuté dans la grotte puisque depuis qu’ils ont été pris en charge, ils avaient de la lumière. »

Après neuf jours passés dans la grotte en Thaïlande, les 12 enfants et leur entraîneur ont été retrouvés sains et sauf et attendent maintenant les opérations d'évacuation.
Après neuf jours passés dans la grotte en Thaïlande, les 12 enfants et leur entraîneur ont été retrouvés sains et sauf et attendent maintenant les opérations d'évacuation. - HO / ROYAL THAI NAVY / AFP

Les alimenter… mais pas avec n’importe quoi

Après avoir été privés de nourriture pendant plus d’une semaine, ces adolescents ont besoin de retrouver des forces progressivement. L’AFP précise ainsi qu’ils ont pu se régaler de chocolat… mais ne peuvent pas s’empiffrer de plats thaïlandais épicés, car leur estomac est encore trop fragile.

Pour Bernard Tourte, fin connaisseur de ce genre de privations, le plus dur est déjà passé. « La problématique de la nourriture était plus importante quand ils étaient dans la zone refuge : il fallait les réalimenter pour les remettre dans une bonne condition physique pour sortir de la grotte. Dans ce cas, il faut passer par la chimie : donner des vitamines soit pas des gels ou par injection, pour éviter de faire des efforts en mâchant, et que tous ces apports bénéfiques aillent directement dans l’organisme. On repasse à une alimentation plus solide dans les jours qui suivent. »

Risque d’infections

Ces adolescents, privés de leurs proches pendant plus de deux semaines, ont pu retrouver leurs parents à l’hôpital… mais pas les toucher. En effet, les parents ne peuvent les regarder que derrière une vitre. En attendant les résultats des tests sanguins, qui s’ils ne révèlent rien de dangereux, permettront à ces parents d’approcher de leurs lits avec des vêtements de protection, en restant à une distance de deux mètres. « Sur le plan médical, ces enfants sont affaiblis, donc plus sensibles à tout ce qui peut être bactérie et virus, souligne Bernard Tourte. Il faut donc éviter le contact direct avec les parents. Mais on est dans la surabondance de protections étant donné l’œil médiatique. »

Et risquent-ils de leur côté de contaminer leurs proches ? Par précaution, les rescapés ont aussi été vaccinés contre le tétanos, mais aussi la rage. « Potentiellement, on peut trouver dans certaines grottes des chauves-souris atteintes de la rage, mais qui attaquent un spéléologue, cela ne s’est jamais vu ! », nuance le spécialiste. Pour le tétanos, en revanche, c’est l’eau qui est en ligne de mire. « Le vaccin contre le tétanos est conseillé pour tous les spéléologues, reprend-il. L’eau, surtout quand il s’agit d’inondations, peut apporter des végétaux, des clous… Un des enfants a pu s’égratigner sur un bout de ferraille. Il m’est arrivé dans des grottes en Chine de trouver des chaussures ramenées par des courants durant la mousson ! »

La quarantaine loin des caméras

Mais la quarantaine imposée à ces rescapés se justifie surtout sur le plan psychologique. « Cette quarantaine est incontournable : il y a une semaine, ces jeunes étaient en mode survie, seuls dans le noir, sans vivres, rappelle Bernard Tourte. Après cette phase d’isolement totale, très dure, ils ont été pris en main par des sauveteurs, qui les ont remis à niveau sur le plan physique, mais ils sont restés dans une bulle, isolés du monde entier, de leurs proches mais aussi de la médiatisation. Si on les extrait et que d’un coup ils passent brutalement de la solitude à la vie publique avec une vision directe sur ce qui a été déployé pour les sauver et le regard du monde entier braqué sur eux, le choc psychologie risque de les fracasser. Il faut rappeler qu’il s’agit de jeunes Thaïlandais qui vivent dans de petits villages ». Même analyse du psychiatre Christian Navarre, spécialiste des catastrophes. Cette quarantaine va servir de « sas important au niveau psychique. Car cette atmosphère de liesse, de réjouissances dans laquelle ils vont être accueillis peut agir comme un traumatisme ».

Conséquences psychiques à long terme

Et sur le long terme ? « Pour ces adolescents, il y a aura toujours un avant et un après, tranche Christian Navarre, psychiatre spécialiste des catastrophes et auteur de Du traumatisme collectif à la catastrophe individuelle. Crise d’angoisse, phobie du noir, d’être enfermé, repli sur soi, peuvent être des signaux d’un stress post-traumatique. « On ne peut connaître la conséquence psychologique qu’au bout de quelques mois », prévient le psychiatre.

« Ces adolescents ont vécu plusieurs traumatismes : le fait d’avoir été bloqués dans la grotte avec la peur de mourir noyé dans les entrailles de la Terre, qui renvoie à nos angoisses les plus archaïques, souligne Christian Navarre. Puis, quand l’eau s’est arrêtée, ils ont dû traverser des moments de découragements et d’espoir. »

Pour ce spécialiste, ces douze adolescents ont tout de même quelques atouts en poche. « C’est un groupe de sportifs qui ont déjà beaucoup partagé avant le drame, qui connaissent les lieux, avec des valeurs de courage et de dépassement de soi. Mais il faut bien les accompagner pour faire de ce drame un souvenir marquant, qui ne doit pas les paralyser. » Ce qui ne veut pas dire qu’ils devront passer des années en thérapie. « Certains seront sans doute plus fragiles que d’autres, cela dépend des personnalités, de l’âge, de la prise de conscience, de la fin de l’histoire. Si certains d’entre eux étaient morts, les conséquences auraient été bien plus durables. »

«Ne vous inquiétez pas»... Les lettres émouvantes des enfants coincés dans la grotte inondée en Thaïlande