A Beyrouth-Ouest, les armes sont au placard

REPORTAGE Dans certains quartiers la tension reste cependant palpable...

De notre correspondant au Liban, David Hury

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L'armée a décidé d'utiliser si nécessaire la force à partir de mardi contre toute présence d'hommes armés et poursuivait son déploiement à travers le Liban, sans parvenir à empêcher les violences dans le nord du pays.
L'armée a décidé d'utiliser si nécessaire la force à partir de mardi contre toute présence d'hommes armés et poursuivait son déploiement à travers le Liban, sans parvenir à empêcher les violences dans le nord du pays. — Hassan Ammar AFP

Les quartiers de Beyrouth-Ouest se suivent et ne se ressemblent pas. Cette zone, théâtre de combats de rue entre miliciens de l’opposition et de la majorité, jeudi et vendredi dernier, a été rouverte mardi à la circulation. Les partisans du Hezbollah et d’Amal (le parti de Nabih Berri, le président du Parlement) ont levé la plupart de leurs barrages, même si certains axes principaux restent bloqués, comme le «ring» reliant l’Est à l’Ouest ou la corniche du front de mer à Raouché.

Aux entrées principales de Beyrouth-Ouest, à Hamra ou à l’Unesco, l’armée libanaise a installé des checkpoints. Les soldats filtrent sommairement, à la tête du client. Dans les rues, beaucoup de boutiques et de restaurants ont levé leurs grilles, pour reprendre une activité normale. «Moi, je veux travailler et que ce soit calme, même si je suis d’accord avec Nasrallah», explique Ahmad, un sympathisant de l’opposition qui tient une petite boutique au pied de la grande roue de Ras Beyrouth.

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Sur les hauteurs, derrière le vieux phare, les petites rues du quartier de Manara sont bien différentes de celles de Hamra la commerçante. Ici, la tension est palpable. Les scooters – moyen de transport privilégiés des miliciens – sont omniprésents, leurs conducteurs attendant sagement à l’ombre en fumant le narguilé. Sur les murs, des drapeaux tout neufs ont fait leur apparition un peu partout. Avec un sens aigu du marquage de territoire, le Hezbollah, mais surtout Amal et le PSNS (un parti laïc pro-syrien) ont laissé leur empreinte. Les armes automatiques ne sont plus en bandoulière, mais les hommes restent là.

L’armée libanaise, comme elle l’avait promis, s’est déployée partout dans Beyrouth-Ouest. Des blindés sont garés sur les trottoirs, les soldats patrouillent à pied. L’atmosphère est calme et tendue à la fois. Mais cette armée, sous-équipée et à la cohésion interne vacillante, est plus présente politiquement que militairement. Sa position d’acteur-tampon et d’équilibriste entre la majorité et l’opposition est on ne peut plus difficile à tenir, d’autant qu’elle s’est davantage alignée, ces dernières 48 heures, sur les positions du Hezbollah, au grand dam du gouvernement Siniora.