A pied ou par bateau, les Libanais quittent le navire

LIBAN Pour prendre le taxi, les tarifs montent...

De notre correspondant à Beyrouth, David Hury

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Le Hezbollah avait pris le contrôle vendredi de la partie ouest de Beyrouth après avoir chassé ses rivaux sunnites pro-gouvernementaux, avant de retirer pendant le week-end ses combattants de la rue et de confier la sécurité à l'armée.
Le Hezbollah avait pris le contrôle vendredi de la partie ouest de Beyrouth après avoir chassé ses rivaux sunnites pro-gouvernementaux, avant de retirer pendant le week-end ses combattants de la rue et de confier la sécurité à l'armée. — Joseph Barrak AFP

Masnaa, principal poste frontière entre le Liban et la Syrie. Sous le soleil écrasant de la plaine de la Bekaa, Mohammad Youssef attend ses clients. Mohammad est un chauffeur de taxi syrien. A chaque voiture qui arrive, lui et ses collègues se précipitent. «100 dollars pour Damas, 150 pour l’aéroport!», lance-t-il le premier. Un second embraye illico: «Pour l’aéroport de Damas, je te le fais à 120 dollars!» alors qu’un aller-simple par taxi se monnaie habituellement à 10 dollars.

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Derrière ces chauffeurs se dresse un monticule de terre, sur toute la largeur de la route. Les partisans de l’opposition, qui bloquent également l’accès à l’aéroport international de Beyrouth, empêchent depuis trois jours les véhicules de passer. L’armée libanaise est là également, mais les soldats se limitent à fumer des cigarettes à l’ombre.

Le poste frontière à proprement parler est à 500m. Avec chaque client, Mohammad marchande donc la course. Son taxi, une vieille Dodge jaune, attend de l’autre côté. Pour les candidats au départ, il faut donc mettre pied-à-terre devant le barrage de fortune et rejoindre la douane à pied.

«Je ne suis pas encore rentrée chez moi!»

Ce parcours du combattant, des centaines de Libanais et d’ouvriers syriens le font chaque jour depuis le début de la crise libanaise, mercredi dernier. «Je vais passer par Masnaa, explique Andrée, une Parisienne venue passer 10 jours de vacances chez son fils et qui se retrouve prise au piège. Cette solution n’est pas idéale, et maintenant, j’attends d’avoir une place sur le vol Damas-Paris de vendredi matin. Je ne suis pas encore rentrée chez moi!»

Mais d’autres solutions s’offrent à ceux qui veulent coûte que coûte quitter un Liban sur la pente douce de la guerre civile. A 15km au nord de Beyrouth, le port de Jounieh a repris du service. Comme pendant la guerre de 1975-1990, beaucoup de Libanais quittent le pays en bateau, direction Chypre. Montant du voyage: entre 1.500 et 2.000 dollars, selon l’embarcation. Depuis samedi, une vingtaine de bateaux sont ainsi arrivés à Larnaca. Ce n’est pas encore une fuite en masse comme lors de la guerre de juillet 2006, mais les Libanais réfléchissent de plus en plus à une voie de sortie.