VIDEO. Affaire Skripal: Risque pour le public, état des victimes... Ce que l'on sait du nouvel empoisonnement au Novitchok

FAITS DIVERS Hospitalisés dans un état critique, deux Britanniques apparemment sans histoire ont été exposés au Novitchok, un poison puissant qui avait déjà conduit à l'hospitalisation pendant plusieurs semaines de l'ex-espion russe Sergueï Skripal...

20 Minutes avec AFP

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Illustration poison
Illustration poison — qimono/pixabay

Hospitalisés dans un état critique, deux Britanniques apparemment sans histoire ont été exposés au Novitchok, un poison puissant qui avait déjà conduit à l'hospitalisation pendant plusieurs semaines de l'ex-espion russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia. Voici ce que l'on sait:

Quel poison a été utilisé?

Le couple est tombé malade samedi dans une habitation d'Amesbury, à une douzaine de kilomètres de Salisbury, où avaient été empoisonnés Sergueï et Ioulia Skripal le 4 mars.

La police, qui a d'abord évoqué un incident lié à l'absorption de drogue, a fait réaliser des analyses au laboratoire militaire de Porton Down tout proche «en raison d'inquiétudes concernant les symptômes» présentés par les victimes, selon Neil Basu, le chef de l'antiterrorisme britannique. Dans le cas des Skripal, les analyses avaient porté sur des prélèvements sanguins.

Ces tests ont déterminé que la substance en cause est le Novitchok, un agent innervant de conception soviétique qui avait été utilisé contre les Skripal. Cette substance agit sur le système nerveux, aboutissant à des spasmes, puis à la paralysie et éventuellement à la mort par suffocation ou arrêt cardiaque. Les analyses n'ont toutefois pu déterminer à ce stade si le poison provient du même lot.

Andrea Sella, professeur de chimie inorganique à l'université londonienne UCL, n'exclut pas cette éventualité. Ces types d'agents innervants «sont conçus pour être assez persistants - ils traînent dans l'environnement, ne s'évaporent pas ou ne se décomposent pas rapidement. Cela signifie que si un contenant ou une surface ont été contaminés par cette substance, cela constituerait un danger pendant longtemps».

Qui sont les deux victimes?

Les deux victimes sont Britanniques et âgées de 44 ans pour la femme et 45 ans pour l'homme. Ils ont été identifiés par un ami, Sam Hobson, comme étant Charlie Rowley et Dawn Sturgess. Selon cet ami, le couple ne travaillait pas et sont d'anciens sans-abri. Charlie Rowley vivait depuis quelques mois à Muggleton Road à Amesbury, dans l'habitation où a été retrouvé le couple, et Dawn Sturgess vivait dans un foyer pour sans-abri de Salisbury.

Charlie Rowley «consomme de la drogue», selon Sam Hobson, mais Dawn Sturgess «ne se drogue pas». Peter Cook, 58 ans, un voisin de Dawn Sturgess a affirmé qu'elle avait une «petite fille».

Où en est l'enquête?

La police anti-terroriste, chargée de l'affaire Skripal, a repris les rênes de l'enquête. Un «événement majeur» a été déclaré mercredi et une centaine d'enquêteurs sont mobilisés aux côtés de la police locale du comté du Wiltshire. «La possibilité que ces deux enquêtes puissent être liées est clairement une de nos pistes», a déclaré Neil Basu.

«La priorité des enquêteurs est désormais de déterminer comment ces deux personnes sont entrées en contact avec l'agent innervant», a-t-il souligné, précisant toutefois qu'il n'y a «aucune preuve» suggérant que l'homme et la femme «étaient visés d'une quelconque manière». Plusieurs lieux fréquentés par les victimes ont été fermés au public dont une pharmacie et un centre baptiste à Amesbury ainsi qu'un parc et le foyer pour sans-abri de Salisbury.

Quel risque pour le public ?

Le risque pour le grand public est «faible», a insisté la police, mais le caractère en apparence aléatoire de la contamination soulève de nombreuses questions des habitants de la ville de Salisbury qui pensaient avoir tourné la page de l'affaire Skripal.

Tout en affirmant qu'il n'y a «pas de risque immédiat pour la santé», l'agence de santé publique Public Health England (PHE) a conseillé «par précaution» aux personnes s'étant rendues aux mêmes endroits que les victimes entre vendredi à 21H00 GMT et samedi à 17H30 GMT de passer leurs vêtements au lave-linge.

Elle a aussi recommandé de nettoyer téléphones portables et sacs à main avec des lingettes et de laver à l'eau savonneuse les bijoux. La médecin-chef du PHE, Sally Davies, a aussi demandé aux gens «d'être vigilants lorsqu'ils ramassent des objets inconnus ou dangereux comme des aiguilles ou des seringues».

Quel est le pronostic vital des deux victimes?

Le couple demeure dans un état critique à l'hôpital de Salisbury où avaient été traités les Skripal ainsi que le premier policier à leur être venu en aide, Nick Bailey. Tous trois ont survécu au prix d'un lourd traitement médical, Sergueï Skripal ayant été le dernier à quitter l'établissement, le 18 mai.

Comment réagissent les autorités britanniques?

«Il est maintenant temps que l'Etat russe explique exactement ce qui s'est passé», a déclaré le ministre britanique de l'Intérieur, Sajid Javid, devant le Parlement, répétant les accusations portées par Londres contre Moscou après l'affaire Skripal. La Première ministre britannique Theresa May a assuré dans la foulée que la police allait «remuer ciel et terre» pour éclaircir ce nouveau cas d'empoisonnement.