Au coeur de la crise, l'armée libanaise

DE NOTRE ENVOYEE SPECIALE L'institution, jusqu'alors considérée comme neutre, est critiquée par la majorité parlementaire...

De notre envoyée spéciale à Beyrouth, Armelle Le Goff

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Les combats entre partisans sunnites de la majorité antisyrienne, au pouvoir à Beyrouth, et des Alaouites, branche dissidente des chiites, loyale au Hezbollah, le principal parti de l'opposition soutenu par la Syrie et l'Iran, se sont calmés en milieu de matinée dimanche et l'armée s'est déployée à l'entrée nord de Tripoli.
Les combats entre partisans sunnites de la majorité antisyrienne, au pouvoir à Beyrouth, et des Alaouites, branche dissidente des chiites, loyale au Hezbollah, le principal parti de l'opposition soutenu par la Syrie et l'Iran, se sont calmés en milieu de matinée dimanche et l'armée s'est déployée à l'entrée nord de Tripoli. — Ramzi Haidar AFP

Les images ont fait le tour de toutes les télévisions: face aux barrages et aux tirs des hommes du Hezbollah et de Amal, les deux partis chiites alliés dans l'opposition au gouvernement de Fouad Siniora, les soldats libanais ont fait montre d'une extrême passivité, à plusieurs reprises montrée du doigt. «Non, ce n'est pas un feu de camp que ce soldat contemple dans une parfaite passivité», légendait ainsi cette semaine «L'Orient-Le Jour», quotidien francophone proche de la majorité, sous une photo de militaire inactif devant un barrage de pneus en feu. Les miliciens ne s'y sont d'ailleurs pas trompés. Au plus fort des combats, l'un d'entre eux affirme «les soldats ressemblent aux personnages de dessins animés. Ils ne nous font pas peur. Nous, nous effrayons les Israéliens, ce ne sont pas quelques soldats qui vont nous intimider.»

>>> Les enjeux du conflit au Liban en cinq questions, en cliquant ici...
 
Dotée de 50.000 hommes, l'armée libanaise est une institution fragile. Dans un pays où les affiliations politiques vont souvent de pair avec les appartenances confessionnelles, le moindre dérapage peut lui être fatal. Ainsi, l'institution a connu pendant les années de guerre civile un développement parallèle aux phases du conflit (1975-1990). Dès 1976, elle commence à éclater: les soldats désertent pour rejoindre les différentes milices.

Recomposée à la fin de la guerre, elle se retrouve assignée avant tout au maintien de l'ordre. Mais sa gestion de la crise provoquée par l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, en février 2005 (retrouvez notre dossier sur cet assassinat en cliquant ici...), lui a permis de redorer son blason au point de passer pour l'une des rares institutions solides du pays.

«Elle n'a pas fait son devoir»

Aujourd'hui, le seul candidat de consensus à l'élection présidentielle - le Liban n'a plus de président depuis le 24 novembre 2007 - en est le commandant en chef, Michel Sleimane. Dans une interview à l'hebdomadaire «Magazine», ce dernier rappelle d'ailleurs la nécessité, pour l'armée, de rester «loin de la politique et de ses dissenssions (...). Il faut qu'elle protège tout le monde et préserve la liberté et l'opinion de tous». Sauf que, ces derniers jours, pour nombre de Libanais, l'armée a failli à cet objectif. En n'empêchant pas le meurtre de civils et les attaques des médias du Courant du futur,  pilier de la majorité, «elle n'a tout simplement pas fait son devoir», a déclaré Wehbé Katisha, un général à la retraite, proche de la coalition au pouvoir.

>>> L'évolution de la situation sur Chroniques beyrouthines, le blog de notre correspondant au Liban...

Or, dans «Magazine», le chef de l'armée énonce clairement:  «Nous sommes les protecteurs de la Résistance (autre nom donné au Hezbollah, ndlr), parce qu'elle a libéré la patrie.» Bien sûr, l'affirmation s'inscrit dans le contexte du conflit libano-israélien, mais, à l'aune des affrontements de ces derniers jours, peu ou pas entravés par les militaires libanais, elle prend une autre résonnance. La majorité parlementaire s'est d'ailleurs émue du comportement de l'institution, à l'instar de Marwan Hamadé, le ministre des Télécommunications, qui a affirmé vouloir «lui demander des comptes».

La candidature de Sleimane à la tête du pays pourrait-elle s'en trouver remise en cause? Peu probable. C'est en effet vers l'armée que s'est tourné samedi Fouad Siniora, le chef du gouvernement pour rétablir «la paix civile ». Et, en l'espace, de quelques heures, Michel Sleimane, qui a notamment décidé de geler le limogeage du chef de la sécurité de l'aéroport, à l'origine de la crise, semble avoir obtenu le retrait des milices d'Amal et Hezbollah de l'ouest de la capitale. Peut-être un pas de plus vers son élection.